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Pour condenser les remarques les plus étranges entendues à propos de Copy conforme de Abbas Kiarostami et son tournage à l’étranger, dans une langue étrangère, je me suis rappelée les propos tenus par Joris Ivens à Venise, à un journaliste qui lui demandait : « Pourquoi tourner en Chine, ce pays du bout du monde et pourquoi tourner un film sur le VENT ? Il n’y a pas de vent en Hollande ? » Joris Ivens répondit : « Je suis un artiste, je voulais tourner un projet qui me tient à cœur. Que faites-vous de la liberté d’artiste ? »
Abbas Kiarostami, tournant en Italie avec une star française, Juliette Binoche, en langue anglaise avec le baryton anglais, William Shimell qui n’a jamais été acteur au cinéma, - mais qui ressemble comme un frère au réalisateur qu’il l’a habillé pareil - c’était, en effet, un pari risqué. Mais Kiarostami connaît très bien l’Italie. C’est là qu’il a rencontré Shimell lors d’une mise en scène de Cosi van tutte . Il y a organisé des expositions, des colloques autour de ses films ; il y a édité ses livres de poésie et de photographies. Il a exposé et créé des installations à la Biennale de Venise. En dehors des festivals, il a parcouru les universités et les écoles de cinéma qui lui ont fait un triomphe, les femmes aussi. Tout ceci entre dans le film comme une matière crue qui est malaxée, malmenée.
Ce n’est pas un film plaisant. Il y a les cris et les lamentations du gamin, qui a senti que sa mère (Binoche) est sous le charme et risque de lui échapper. Il y a un homme (le baryton William Shimell), qui regarde avec austérité, sévérité même, cette femme qui veut le séduire absolument. Et qui ne peut le faire qu’à une seule condition. Et c’est là où le film, après la fiction de la rencontre, crée une deuxième fiction, celle du mariage. La condition nécessaire pour cette femme pour lâcher toute sa frustration accumulée, ses craintes et ses déceptions, pour se déclarer enfin à son mari fictif, le bel étranger, expert de l’original et de la copie, est qu’elle puisse l’investir et le stigmatiser comme s’il était vraiment son époux. Quelle intelligence et quelle ironie acerbe de situer toute cette histoire dans un village de Toscane, où l’on vient seulement pour se marier ! On est presque écoeuré par tant de poteaux indicateurs. C’est comme quand on mange trop de tarte avec trop de crème, ici la tarte est épaisse et elle est servie tout le long de cette deuxième partie décisive du film où, de la parole, on passe enfin aux actes. Mais puisque chez Kiarostami, l’amour est une affaire privée, vous en serez pour vos frais. Elle enlève son soutien gorge, elle enlève ses chaussures, mais vous n’en verrez pas davantage…
Kiarostami ne parle en fait que de ce qu’il connaît. Il a élevé seul son fils. Donc les problèmes d’une personne élevant seule un enfant, il connaît. Il a été marié et il vit séparé depuis de longues années. On lui prête des aventures multiples, mais personne ne sait rien de lui. Et c’est bien ainsi :
L’imagination au pouvoir.
Heike Hurst