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"GERRY"

De Gus van Sant
Avec Matt Damon et Casey Afflec
«Paumé», «raté», «pauvtype» ou simplement bizarre, voilà ce quest un «gerry» en américain. Et non un prénom masculin. La «Death Valley», ou désert assimilé, peu importe, est le cadre nu, vierge, immense, du film dextérieur que van Sant réalisa en 2002, avant sa toute récente Palme dOr cannoise pour «Elephant». Aucune lumière artificielle, très peu de dialogues, aucune scène dintérieur, seulement éclairée du soleil, de la lune ou de quelques feux de bois, la randonnée pédestre et funeste à laquelle il nous convie ne fait appel à aucun support «artistique», si ce nest la nature elle-même.
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Périple austère et envoûtant, en compagnie de deux marcheurs amis, qui se sont perdus dans le désert, sans pouvoir retrouver leur chemin, leurs repères, leurs racines en fait. Un dominant (Damon), un dominé (Affleck), qui errent entre sable et rochers, entre collines et vallées, jusquau verdict final rendu par la soif et la faim
Dans ce procès au très long cours, le climat est installé demblée : dinterminables mais déjà justifiés plans-séquence filmant la voiture qui les emmène en balade de dos, de face, de lintérieur, sur une route rectiligne elle aussi sans fin, nous transportent dès labord au milieu de nulle part
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Plus tard, c’est à leurs pas que l’on s’accroche et s’attache au plus près, par des travellings latéraux inouïs (800 mètres de rails, confie van Sant), qui suivent à même hauteur ces deux silhouettes de plus en plus courbées par la chaleur, la fatigue et le début du désespoir, d’où n’émergent que les sons du sable sous leurs pieds et les reproches mutuels qu’ils parviennent encore à s’adresser.
Lancinante et terrible progression, ponctuée d’espoir et de son contraire, dégradation irréversible d’une amitié pourtant solide, introspection réciproque qui conduit au délire, autant de flèches successives lancées par un arc bandé à l’extrême
Amateurs de films d’action, de cascades spectaculaires ou de scénars gonflés à bloc, s’abstenir. «Gerry» est un film contemplatif d’une puissance rare, où la méditation silencieuse tient lieu de discours et les grands espaces, de sujet. Qu’on s’y sente un peu perdu, à l’instar de ses deux protagonistes, est non seulement normal, mais ici salutaire. Sublime quête du Graal ou difficulté de l’Homme à se frayer un chemin dans la cacophonie ambiante, ce film fait du bien et le chemin de van Sant, suivons-le !
Véronique Blin