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Independencia

de Raya Martin 

Une mère et son fils fuient l’arrivée des troupes américaines. Ils se créent un îlot de calme et de survie dans la jungle. Cette parabole d’une vie  loin de la ville dans une maison arrachée à la forêt, célèbre un paganisme un peu désuet. Une fille abusée devient immédiatement la « femme » du fils, prise de la même manière par le fils comme butin de guerre ou repos du guerrier. Car c’est de l’homme qu’il s’agit : l’homme, fils de sa mère, chasseur et pécheur, s’égarant dans la jungle, suivant son chemin, quitte à se tromper et le perdre…  Robinson qui serait passé par la case culture avant de devenir un nouveau sauvage, mais qui aurait amené sa mère et pas mal de casseroles. Les toiles de fond, transparentes, sont de toute beauté. Les derniers plans érigent ces toiles de fond en principe artistique : pastiches de Hokusai, de la grande peinture pour protagonistes ordinaires, magnifiant leurs pauvres habits dressés, leurs tenues spartiates censées incarner des archétypes, de petits  figurants de la grande Histoire de l’Indonésie au début du XXe siècle.

Une plongée dans l’histoire d’un pays par le portrait très intime d’une famille au père disparu  ( assassiné ?), en pleins troubles de guerre civile. Les derniers plans sont d’une beauté à couper le souffle, comme colorés à la main et peints à grands traits de pinceaux à l’encre de chine. Gouaches qui oublient le noir et célèbrent dans l’émotion la multiple splendeur du monde…

H.H. pour Le Monde Libertaire