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The Time that Remains

de Elia Suleiman

Elia Suleiman

On peut raconter l’histoire des palestiniens habitant Israël (ici Nazareth) par la violence, la souffrance ou l’accusation. Elia Suleiman n’adopte aucune de ces voies toutes tracées quand il  parle de l’histoire de la Palestine. Et pourtant son film regorge de violences évidentes, de souffrances rentrées et d’accusations précises : si Israël reconnaissait les souffrances qu’il a causées… elles se voient en tout cas dans le visage du cinéaste. Les cheveux ont blanchi, son regard est encore plus fixe que dans ses films précédents. Assis au fond d’un taxi au chauffeur vaincu par une pluie torrentielle, il observe de son poste et reste en retrait. Il est filmé entre chien et loup, entre le noir de la nuit et les reflets d’éclairages sur la route. Il maintient cette position d’observateur tout au long du film, que ce soit pour raconter son père, jeune activiste torturé et blessé à vie, ou parler de sa mère, très présente dans The Time That Remains. Jeune femme, elle écrivait aux membres de la famille en exil forcé. La cuisine est encore une fois au centre des récits courts et laconiques. Les voisins sont là, celui qui veut toujours mourir, s’arrosant à maintes reprises d’essence et ne parvenant jamais à y mettre le feu… Et tous les autres qui égrènent des instants de  leur vie comme les perles d’un chapelet devenu inutile... Un film hommage aux humbles, l’exercice  périlleux consistant à contenir ces fleuves d’amour pour son père et de les raconter en toute modestie. L’écoulement du temps aura été rarement transmis avec tant de légèreté. Des réminiscences de son univers sont là pour nous faire visiter encore une fois la boutique à l’eau miraculeuse, les chaises et les tasses de café sur les tables de bistrot, les malades à l’hôpital et la mère vieillie et presque muette qui s’anime seulement grâce à la musique. Les choses d’une vie et les gens qui survivent. Rarement on aura filmé l’épopée de l’entreprise de vivre dans l’intimité de survivants ordinaires, les « présents-absents » de la politique du Moyen Orient. Elia Suleiman l’a fait en travaillant à partir des notes de son père et des lettres de sa mère..  Quand rien ne va plus, seul l’humour et l’absurde sauvent du désespoir absolu : Elia Suleiman saisit une perche et saute le mur en dépassant les lamentations.

Heike Hurst, pour Le Monde Libertaire