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UNE VIE A T’ATTENDRE

de Thierry Klifa

Avec Patrick Bruel, Nathalie Baye, Géraldine Pailhas, Anouk Grinberg, Michaël Cohen…

Il est le témoin de la mariée ; elle se rend au mariage d’un ami. Sur le perron du château aux multiples salons de réception, leurs regards se croisent…et se reconnaissent : Alex (Bruel) a follement aimé Jeanne (Baye) quinze ans plus tôt ; il était grand ado, elle était femme mariée… Depuis, il a fait son chemin, tient aujourd’hui un restaurant avec son jeune frère Julien (Michaël Coen, révélation d’un comédien formidable) et sa meilleure amie Camille (toujours bouleversante Anouk Grinberg), projette très sérieusement d’épouser sa compagne Claire (lumineuse Géraldine Pailhas). De son côté, Jeanne a repris, semble-t-il, sa vie conjugale là où elle l’avait laissée…

Ainsi résumé, le thème du premier long métrage de Thierry Klifa s’apparente fort à un scénario banal, en tout cas à une histoire qu’on a l’impression d’ avoir vu vingt fois au cinéma. Seulement voilà : Klifa a le secret de ces mille petits rien qui, en filigrane des situations et des mots qui s’y rapportent, font jaillir l’émotion. Loin du pathos ou de la guimauve, trop familiers de ce genre de sujet, il nous montre et nous dit ce que l’on ne voit ni n’entend. Et, partant, nous met – vraiment - dans la peau de ce mec écartelé face à un choix impossible à faire. Si seulement Claire était bobonne, ou nunuche, ou casse-pied, voire carrément moche ; si Jeanne était salope, ou allumeuse, ou blasée… D’abord, il n’y aurait pas de film… Mais non ! Elles sont toutes les deux fantastiques et tentantes, passionnées, passionnantes ! Et l’amie en tampon est incroyable de clairvoyance, de chaleur, de sincérité ! Les participations parallèles de Danielle Darrieux (infiniment touchante dans l’inoubliable scène de passage en revue des rides qui habitent si joliment son visage vieillissant, l’histoire de toute sa vie, qui se reflète dans le miroir de la salle de bains) et du grand François Berléand, (fidèle ami et amant occasionnel de Jeanne), viennent encore renforcer ces chaleureux sentiments partagés.
Nous, pourtant calés dans nos fauteuils, on est emportés avec Alex dans cette partie de saute-mouton étourdissante : ira-n’ira pas, quittera-restera, fuiera-affrontera. Mais cette course-hésitation est épuisante et, il faut le dire, trop longue. Vient le moment tant redouté où l’on se demande comment le réalisateur va terminer son film… Le choix de Klifa est discutable… Comme un marathon qui n’aurait pas vraiment de ligne d’arrivée. On est certes haletants, mais en se demandant finalement pourquoi…

Véronique Blin