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de Sébastien Lifshitz
Avec Stéphanie Michelini, Edouard Nikitine, Yasmine Belmadi, Josiane Stoleru
La face cachée ? Le secret ? Le «côté sauvage», au sens littéral du terme ? Rien de tout cela et pourtant, tout cela à la fois… Si Lou Reed donne le ton avec sa superbe chanson éponyme en lever de rideau, par la voix et le corps incroyables d’Anthony, l’un de ses amis, sublime haut de contre, Lifshitz en profite d’emblée pour faire tout de suite le ménage des tentations voyeuristes qui pourraient traîner dans la tête des spectateurs : en un long plan-séquence indiscutable, tendre et beau, sa caméra décrypte par le menu l’anatomie particulière de son personnage principal , Stéphanie. Visage tourmenté et douloureux d’une femme aux longs cheveux bruns et bouclés, torse bombé à la poitrine modeste, sexe d’homme au repos, alangui, peut-être fatigué, longues jambes enfin, fines et imberbes. Rien n’est dit, tout est montré, comme une caresse ; on n’y reviendra plus et Sébastien d’entrer dans le vif du sujet.
Quel est-il ? Le récit, l’accompagnement et l’invitation au partage d’un amour tripartite entre une transsexuelle, un prostitué maghrébin et un immigré clandestin de l’est européen. Trois «marginaux» supposés qui, tout au long du film, s’attachent à gommer ces différences factuelles au profit des seuls sentiments. Le propos de Lifshitz devient alors clair comme l’eau de roche : loin de traiter des thèmes, il s’intéresse aux gens. Derrière l’apparence ou le statut, ce sont les personnes qu’il nous invite à rencontrer, à mieux connaître et à aimer.
Cette Stéphanie, qui fut autrefois Pierre, quittant la grande ville pour se rendre dans une petite bourgade du nord au chevet de sa mère mourante, croisant en chemin ces deux compagnons d’infortune qui deviendront bientôt le cœur même de sa vie, est touchante à l’extrême, bouleversante même, de sincérité et de pudeur.
La complicité attentive d’Agnès Godard, magistrale chef opérateur, égérie entre autres de Claire Denis sur tant de beaux films, n’est bien sûr pas innocente dans l’histoire. Elle a su au coude à coude avec le réalisateur, saisir les justes éclairages, capter les angles de prises de vue. Plans larges, presque anonymes pour les scènes de «travail», plans serrés à même la peau pour celles d’amour.
Sans une ombre de pathos, le film oscille et bascule sans cesse de l’une aux autres, de Stéphanie vers ses deux amants, sans qu’à aucun moment n’intervienne la moindre gêne. Un film sombre et pourtant si transparent.
Véronique Blin