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BARRES à MINES
D’après le premier roman de Dominique Bourgon
« Un sens à la vie »
Mise en scène et chorégraphie Evelyne Beighau
Compagnie Thearto
Création musicale : Diego Imbert
Régie lumière : Philippe Briot
Décor : TAPS Asso
Salle Sabine Sani à 20h30
Photo Pierre Demailly
Dernière "mêlée" avant le spectacle
De g. à dr. : Nathalie Azam, Aude Bertrand, Elvire Ienciu.
De dos, Evelyne Beighau prodiguant les derniers conseils...
Etymologiquement, une « barre à mine » a d’emblée un double sens : elle est à la fois la barre métallique qui sert à creuser une cavité dans la roche - travail essentiel des mineurs de fond – et celle qui permet d’y déposer une mine, explosive celle-là, une fois l’excavation pratiquée.
Evelyne Beighau, avec sa Compagnie Thearto, en ajoute un troisième : émue par « Un sens à la vie », premier roman de Dominique Bourgon - gardienne d’immeuble dans une cité belfortaine et, à ce titre, très familière de ces fameuses barres d’HLM, qui embellissent tant nos métropoles dites « développées »… - elle reprend à son compte ce concept de « barres », lui adjoignant l’image brutale de « mines », susceptibles d’exploser.
Sauf qu’ici, les mines en question ne sont ni de métal, ni à priori dangereuses ou menaçantes : ce sont celles des visages et des caractères de bon nombre d’ habitants de cet immeuble. Lesquels, à la suite du suicide de l’un d’entre eux, en la laissant imaginer une histoire propre à chacun, ont donné « un sens à la vie » de Dominique Bourgon. Là se situe la vraie violence de l’histoire, le choc initial qui lui a donné l’envie de connaître mieux ces gens dont elle a, d’une certaine manière, la charge et dont elle ne savait rien, ou trop peu de choses, avant ce drame.

Photo Daniel Beighau
Figure de proue de « Thearto », Evelyne Beighau est aussi chorégraphe et, à ce titre, a fait appel à Aude Bertrand, dont la danse est l’essentiel du métier. Toutes deux s’emparent à la fois de cette violence et de cette fragilité. L’auteur(e) parle de « corps flottants » ; la chef de bord et la chorégraphe « enroulent » ceux des trois comédiennes danseuses autour et entre les poutrelles d’une charpente métallique, circulaire, double symbole d’enfermement et de désir de fuite.
L’alliage obtenu en mariant la froideur du métal à ce cercle infernal, d’où l’on ne peut, semble-t-il, s’échapper, laisse à priori peu de place à la rêverie ou à l’imaginaire, encore moins à la poésie. Et pourtant…

Photo Daniel Beighau
En dépit des petits projecteurs mobiles, sortes de mini miradors surveillant tout, éclairés et installés par Philippe Briot (avec brio !), se déplaçant au gré des scènes sur des rails installés au sommet dudit cercle ; en dépit aussi de la tentation offerte par ces espaces « libres » entre les poutrelles, de sauter dans le vide pour en finir, il n’en est pas moins vrai que, grâce au travail magnifique d’Evelyne Beighau, Aude Bertrand, Nathalie Azam et Elvire Ienciu, ces interstices, d’abord inquiétants, deviennent par leurs soins autant de « trous d’air » salvateurs par lesquels respirer, desquels s’échapper, pour regarder ailleurs, vers d’autres possibles.
C’est à ce « voyage » que Thearto nous invite, joliment rythmé par la création musicale de Diego Imbert, savant mélange de percussions africaines, de flûte de Pan ou de bruits d’usine . Certes, « la vie de tous les jours, c’est pas facile », dit l’un des locataires de l’immeuble, sous la plume de Dominique Bourgon ; « tourner en rond, le ciel, la terre et nous, à remuer entre les deux ! ». Ce manège étrange de la vie, alternant sans cesse bonheurs intenses et chagrins infinis, Evelyne et les siens le font tourner de bien belle façon.

Photo Daniel Beighau
Et même si l’enfermement est tangible – « les parois des ascenseurs, comme une écorce » ; même s’il « faudrait remplacer tous ces immeubles par des maisons sur pilotis », celle qui rêvait, petite, d’être une bohémienne kidnappée par des « camps volants », pour satisfaire son amour de l’errance et du vent, a solidement ancré les siens, de pilotis, en terre de Champagne.
Pour regarder en face ceux qu’elle aime appeler « les vrais gens » et leur donner, enfin, la parole.
Merci, au revoir et à bientôt...
De g. à dr. : Evelyne Beighau, Nathalie Azam, Elvire Ienciu, Aude Bertrand, Diego Imbert
Photo Pierre Demailly