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LE CAILLOU DE LUNE

De Ettel Hannah

Mise en scène Danièle Israël

Compagnie « Théâtr’âme »

Avec Pierre Humbert et Danièle Israël

 

Création le 2 octobre à 14h30 et 19h30
Le 3 octobre à 14h30

Théâtre de la Madeleine

10000 – Troyes

 

La part d’innocence

 On l’aurait volontiers prise pour une aryenne, la petite Ettel Hannah, cinq ans, « mangée » aux boucles blondes et aux yeux bleus, tandis qu’avec son frère, ne sachant trop pourquoi, ils jouaient à s’appuyer sur le nez pour l’empêcher de pousser et, ainsi, ne pas avoir « l’air juif », sans avoir la moindre idée de ce que cette expression signifiait…

 Daniele Israël, comédienne et metteuse en scène de la Compagnie  troyenneThéâtr’ame, s’empare avec passion de ce récit largement autobiographique d’Ettel Hannah, pour lui insuffler sa part théâtrale, en même temps que celle d’innocence.

 Foutue ligne de démarcation, enjeu du choc frontal que la petite aura, plus tard, plus grande, l’ambition de surmonter.

Pour l’heure, elle et les siens doivent la franchir, ladite ligne, c’est-à-dire sauter dans un fossé glacial, ne plus bouger, ne plus parler, attendre un signal pour courir de l’autre côté.

Ne plus exister, disparaître, se fondre, s’arracher charnellement du ventre de sa mère, être effacée, gommée…

 « Ce qui m’a plu, dans ce récit », nous dit Danièle Israël, « c’est  le décryptage incroyable dont cette petite fille est capable, au vu du peu d’informations dont elle dispose, son interprétation personnelle des évènements auxquels elle a participé, sans rien y comprendre, m’a beaucoup touchée. Sa « petite » histoire dans la Grande. Les toutes premières impressions, dans l’enfance, marquent à vie ».

 Pourquoi « Théâtr’âme » ? Joli nom de compagnie, née en 2003 ; jolie explication aussi. Condensé de « théâtre », d’ «  âme » et de « trame » (cette partie amovible du plateau qui se trouve sous la scène), il est l’exacte expression de ce qui tient le plus au cœur de Danièle Israël : l’exploration de l’intime, de l’intérieur, de tout ce qui se trouve « en dessous », caché, invisible, par le théâtre. En un mot, elle s’attelle au sens de la « représentation ».

C’est Michel Humbert, le père de son mari Pierre, qui lui a mis en quelque sorte le pied à l’étrier théâtral. Cet ancien Directeur du Théâtre de Bourgogne, initiateur de la fabuleuse aventure de l’ « Option Théâtre » à Langres, à laquelle s’associa Danièle de 1971 à 81, lui ouvrit la route de son propre bonhomme de chemin.

Passionnée d’histoire du judaïsme et des civilisations, sa rencontre avec Ettel Hannah fut, sinon prévisible, en tout cas déterminante.

 Ce « Caillou de Lune » - que Danièle Israël imagine à deux voix, celle de l’auteur et la sienne mêlées, pour mieux faire entendre la voix, la stupeur et l’effroi initiaux de cette enfant de cinq ans, tombée dans un fossé telle une pierre, absente du monde, inexistante aux yeux des siens, pourtant tout proches, « physiquement », à ses côtés – est le « voyage intérieur » d’Ettel Hannah. Celui de la petite fille qu’elle fut, qu’elle tente de retrouver, capable, pour survivre, de transformer en jeu de gosse l’horreur de la guerre.

 La directrice et metteuse en scène de Théâtr’âme aime précisément les « transformations », les détournements, tant pour les comédiens que pour les objets. A propos de cette nouvelle création, elle nous confie : « J’aimerais que ce soit à la fois rafraîchissant par sa drôlerie et donne l’envie d’apprendre le monde. Ce texte est un message de civilisation, d’invitation au partage, un retour aux sensations primordiales et justes de l’enfance ».

 Véronique Blin pour le numéro 29 des Cahiers de l'Orcca