InterCineTh

53e Berlin International Film Festival

En compétition officielle

Son frère

de Patrice Chéreau (France), avec Bruno Todeschini, Eric Caravaca, Maurice Garrel

Thomas se meurt ; Thomas va mourir. Atteint d’une dégénérescence des plaquettes du sang, il sait qu’il ne peut s’en sortir. Appelant son frère cadet Luc - qu’il n’a pas vu depuis des années – à son secours, il va tisser avec ce dernier, très proche par la naissance mais étranger pour l’affectif, des liens indéfectibles.
Infiniment sensible, sensuel, charnel, le nouveau film de Chéreau est une ode magnifique rendue au corps. Même abîmé, foutu, habité d’un mal incurable, celui de Thomas (Bruno Todeschini très amaigri) offre à la caméra amoureuse du cinéaste tout un panel de douceur et de beauté : le contour d’une épaule que Luc (Eric Caravaca) caresse pour le soulager ; deux mains qui se frôlent pour se rassurer ; des regards furtifs échangés, qui en disent pourtant long sur l’amour qui nait et grandit entre les deux hommes… Avec pour narrateur-ponctuateur un Maurice Garrel toujours éblouissant, ici témoin trait d’union bucolique entre les deux frères, sur cette plage bretonne de la maison familiale balayée par le vent chaud de l’été, où Thomas a choisi de se laisser partir, une fois tous les recours de la science médicale épuisés. Garrel qui rend un vibrant hommage aux naufrages d’autrefois, les vrais, lorsque les navires énormes se fracassaient pour de bon sur les rochers de la côte, avec de solides marins à bord, tandis qu’aujourd’hui de frêles esquifs manoeuvrés par de jeunes inconscients, escintent le rivage en faisant n’importe quoi …
Hommage aussi, rendu par Chéreau, à la patience, l’attention et le dévouement du personnel hospitalier. A l’exclusion du médecin chef (Catherine Ferran), tous les aides-soignants et infirmières jouent leur vrai rôle, que sa caméra saisit sur le vif, des piqûres pour perfusions à une longue et superbe scène de rasage pré-opératoire sur tout le corps, en passant par les toilettes minutieuses.
L’Ours berlinois pour la mise en scène – la plus belle récompense pour un cinéaste -, vient sans doute couronner le plus beau film de Patrice Chéreau. En tout cas, le plus émouvant.

Véronique Blin
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