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Critique

FANFAN LA TULIPE
de Gérard Krawczyk.

Avec Vincent Perez, Penelope Cruz, Didier Bourdon, Michel Muller, Hélène de Fougerolles…


Certes, tels les carabiniers, nous arrivons un peu après la déferlante médiatique qui a ravagé la Croisette dès l’Ouverture du 56e Festival de Cannes. Mais il est parfois salutaire de laisser passer l’orage des confrères critiques pour, réflexion faite et deux bonnes nuits de calme après la tempête, mettre un peu de miel dans le fiel largement répandu par la presse internationale, notamment française, il faut bien le dire…
Qu’en est-il au juste ? Outre, d’une part, les vociférations coutumières du clan des nostalgiques purs et durs, radoteurs du « c’était mieux avant ! », qui se sont acharnés à exhumer le chef-d’œuvre de Christian Jaque en hurlant au plagiat et d’autre part, l’habituel réflexe cannois qui consiste à monter une cabale d’entrée de jeu, histoire de se mettre en jambes ; il y aurait de l’anti-Besson là-dessous que ça ne m’étonnerait pas (cf. « Le Grand Bleu » en 92)…
Le jeune génie du « Dernier Combat », son premier film, découvert en 83 à Avoriaz (en partie, modestement, par mes soins, qui l’avait interviewé pour France-Culture à la sortie de la projection de presse, sentant qu’on tenait là un candidat sérieux…), dont il remporta le Grand Prix, formidable réalisateur («Atlantis», «Le Cinquième Elément», «Jeanne d’Arc» ) et producteur prolixe, fondateur de la Société Europa Corp. , à laquelle on doit, entre autres, la série des «Taxi» et aujourd’hui «Fanfan la Tulipe», sans compter la kyrielle de jeunes auteurs inconnus auxquels Besson tend la main, notre surdoué fait des jaloux. C’est fort regrettable.
Ce préalable posé, revenons à ce Fanfan là, commis par Krawczyk, avec Perez en lieu et place du légendaire Philipe. C’est bien dès cet instant qu’il faut arrêter net la tentante comparaison. Certes, le réalisateur a respecté la trame originelle, son histoire, son époque. Mais c’est à une autre fête qu’il nous convie aujourd’hui : non à celle d’un remake fidèlissime, mais à l’interprétation moderne, enjouée, caustique et virevoletante d’un conte d’autrefois, dont le héros est un troll multijambiste, éclairé par le contexte politique et cinématographique actuel. Il faut voir Vincent Perez s’en donner à cœur joie, tout sourire aux lèvres, manier le sabre et l’épée comme s’il les avait trouvés dans son berceau ; voir aussi la belle Penelope Cruz (ne pas oublier le «pé» final) lui donner si joliment la réplique ; Didier Bourdon en Roi Louis dont il a oublié le numéro, totalement à côté de ses pompes et sans la moindre autorité sur ses troupes ; la formidable Hélène de Fougerolles en Pompadour distanciée, élégante et perverse ; voir enfin Guillaume Gallienne en La Houlette déjanté, précieux et maniéré, à la recherche vaine de musiciens corrects il est irrésistible.
Soyons clairs : il ne s’agit nullement d’un film historique d’importance, mais d’un divertissement joyeux, enthousiaste et ne prêtant à aucune conséquence. Cerise sur le gâteau : nous eûmes la chance de le voir au «Cinéma de la Plage», tard dans la première nuit, les pieds dans le sable et la tête dans les étoiles. Le chant des vagues accompagnait l’écran géant planté dans l’eau. Peut-être nos confrères boudeurs, enfermés dans la salle obscure du Grand Théâtre Lumière, ont-ils manqué d’air…

Véronique Blin