InterCineTh
Accueil
Interviews
Portraits
Galerie
Théâtre
Cinéma
Festivals

Critique


« KITCHEN STORIES » (Salmer fra Kjokkenet)
de Bent Hamer. Norvège/Suède. Avec Joachim Calmeyer, Bjorn Floberg…


Connaissiez-vous l’humour norvégien, la sensibilité suédoise, bref, l’esprit scandinave ? Nous, maintenant, oui ! Aller voir ce petit bijou en ouverture de La Quinzaine, ça fait du bien !
Point de départ, une histoire vraie : l’étude menée dans les années 50 par un groupe d’observateurs suédois, pendant le boom industriel de l’après-guerre, auprès des hommes célibataires d’un petit village norvégien, afin de dresser un bilan de leurs habitudes culinaires… Quand vous saurez que les deux outils de base de ces enquêteurs peu ordinaires sont une caravane pour rester en camping autonome et une chaise d’arbitre de deux mètres de haut afin de pouvoir observer sans être vu, vous serez dans l’ambiance !
Sis-devant, donc, juché au sommet de ce mirador domestique placé dans l’encoignure d’une cuisine, l’un de ces «envoyés spéciaux» à son poste de travail. En-dessous de lui, s’affairant aux fourneaux, un homme seul, en bottes de caoutchouc ou en pantoufles, c’est selon, au rasage discutable. Tout le film s’articule alors et tisse sa toile autour de la relation étrange qui s’instaure entre ces deux personnages. D’abord le rejet, par l’occupant, de cette intrusion péremptoire dans sa vie privée. Puis vient la curiosité, intrigué qu’il devient par la présence constante de cet individu. Enfin l’habitude, qui s’installe, au point que s’il vient à l’enquêteur de s’absenter pour une raison quelconque, l’enquêté ressent un manque, un vide. L’amitié sera au bout de ce huis-clos imposé : une tasse de café, un morceau de pain, une boîte de harengs, un verre partagé…
Truffé d’humour suave (notamment, à l’instar de nos fameuses blagues belges, la moquerie coutumière des Norvégiens à l’égard des suédois), de sensibilité extrême, d’anecdotes précieuses, de détails rigoureux, ce film est un pur régal et en dit long sur l’étude des comportements humains. Son réalisateur Bent Hamer, déjà remarqué en 95 à cette même Quinzaine pour «Eggs», fait un bien joli bonhomme de chemin.

Véronique Blin