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60. mostra internazionale d'arte cinematografica

Le Bilan

CES FILMS QUI NOUS PLAISENT ET CEUX QUI NOUS MANQUENT

Bien sûr, il y eut cette déception italo-italienne, bien compréhensible, de devoir se contenter de la meilleure contribution artistique pour le film prenant de Marco Bellocchio, « Buongiorno, Notte » (Bonjour, la Nuit), sur les atermoiements affectifs de la jeune révolutionnaire Chiara (émouvante Maria Sansa), membre imaginé de la section des Brigades Rouges responsable de l’enlèvement, puis de l’exécution d’Aldo Moro. Tous le voyaient léonisé d’Or… Il faut dire que la manière dont le réalisateur italien révèle, analyse et fait progresser le doute qui s’installe dans l’esprit de cette jeune femme, s’attachant peu à peu à l’homme qu’elle est sensée vouloir abattre par idéal politique, est admirable. Bellocchio s’est pourtant fort bien attaché à décrire la lente transformation mentale de cette héroïne inventée. Mais cela n’a pas suffi pour convaincre les jurés de lui accorder la plus haute récompense…
Maria Sansa
Andrej Zvjaginstev
The Return
Nous, en revanche, sommes bien heureux que le Félin Suprême - néologisme blinesque synonyme de Lion d’Or - soit allé couronner la tête d’un jeune cinéaste russe de trente-huit ans, Andrej Zvjaginstev, de surcroît pour son premier long-métrage, « Le Retour » . Même si, peut-être, nous aurions préféré voir en ce lieu et place le splendide opus de Tsai-Ming-Liang, « Goodbye, Dragon Inn » , qui lui, à notre grand regret, n’a rien du tout ! Autre Prix, nouveau bonheur, à mon sens le plus convoité pour un réalisateur digne de ce nom, le Lion d’Argent de la Meilleure Mise en Scène à Kitano pour son sublime «Zatoichi», qui nous a transportés, haletants d’un bout à l’autre, dans l’univers magique de ce Grand Maître du Sabre .
Enfin ce «Cerf-Volant» magnifique de la libano-iraquienne Randa Chahal Sabbag, comme un rayon de soleil et d’espoir sur la morosité et l’inquiétude planétaires, qui empoche le Grand Prix du Jury. Ode à la réconciliation, à la fraternité et au partage, cette fable joyeuse et grave à la fois imagine, de part et d’autre de la frontière de barbelés qui sépare le Liban des terres annexées par Israël, l’initiation de la jeune Lamia (Flavia Béchara) à sa vie de femme libre. Le jour de son mariage, elle «traverse» le mur de fer, pour rejoindre son cousin d’époux de l’autre côté, sous le contrôle vigilant d’un soldat israélien en armes, posté au sommet d’un mirador… C’est cet homme-là, pourtant son ennemi supposé, qu’elle choisira d’aimer. Renonçant à tout, à sa famille, à ses jeux d’enfant, se refusant à son mari, elle prendra le risque du choix impossible.
Flavia Béchara
Le Cerf-Volant
Raja
Najat Benssalem et Pascal Grégory
Voilà pour les bonnes nouvelles de la Compétition Officielle longs-métrages. Mais au chapitre des films oubliés par le Jury du Lido, entamé ci-dessus avec celui de Liang, citons quelques autres manques, ou erreurs d’attribution à nos yeux : ne serait-ce que pour la prestation magistrale de Pascal Gregory en colon tourmenté dans «Raja » de Doillon, qui méritait largement le Prix d’Interprétation Masculine, l’octroi de cette distinction à Sean Penn pour son rôle dans « 21 Grams » d’Alejandro Gonzales Inarritu, a l’allure d’un soufflet! D’autant que cet excellent acteur n’a jamais été aussi mauvais ! Sur jouant et bourré de tics, il est presque inexistant. Il y aurait de «l’arrangement ritalo-ricain» dans l’air que ça ne m’étonnerait pas… Certes, «Raja» ne repart pas les mains vides : le Prix Marcello Mastroianni du Meilleur Espoir Féminin récompense la toute jeune Najat Benssalem pour son rôle de servante dont ledit patron tombe amoureux.
Mais là encore, c’est à la jeune partenaire de Penn dans «21 Grams», Naomi Watt, que nous l’aurions confié, ce Prix ; elle y est extraordinaire ! En contrepoint, Katja Riemann justifie pleinement sa Coupe Volpi de la Meilleure Actrice dans «Rosenstrasse» de l’Allemande Margarethe von Trotta : elle est poignante et juste en Lena Fischer, cette jeune femme qui, en 43 à Berlin, recueillit sous son aile la petite Ruth à la recherche de sa mère, déportée vers les camps nazis.

Katja Riemann

Côté courts, vive le «Hochbetrieb» du germanique Andreas Krein, qui a obtenu une Mention Spéciale. Bien spécial en effet que ce court-métrage déjanté, résolument à part, d’une construction rigoureuse et remarquable. Sur la base chorégraphique d’une comédie musicale, l’auteur nous promène dans les arcanes compliqués de charpentes en équilibre instable d’un immeuble fictif en construction. Ballet acrobatique et jubilatoire ; un pur régal !

Dans la section «Contracorrente» (contre-courant), quel bonheur que ce «Vodka Lemon» du kurde Hiner Saleem , qui remporte le Prix San Marco ! On se souviendra longtemps de ce grand-père à roulettes, de cette jeune mariée en voile rouge, de cette neige interminable, de cet humour ravageur !

Tulse Luper suitcases : Antwerp

Trois coups de cœur pour finir, hors Compète : Le Greenaway, of course, «speciali eventi», projection unique, événement très spécial, boulimie d’images, de couleurs et d’objets, une merveille picturale ; le petit bijou de Jarmush, «Coffee and Cigarettes», sorte d’apologie géniale de la répétition sur un même thème, avec unité de lieu et d’objets : la même table, les mêmes chaises, les mêmes tasses et le même cendrier d’un même bistro, dans lequel se reproduisent à l’infini, en noir et blanc très contrasté et pratiquement sous le même angle, des rencontres aléatoires. Seuls les personnages et les situations changent. Imaginez par exemple une conversation entre Benigni et Steve Bushemi. Dans les tasses, du café ; dans le cendrier, des mégots ou des cigarettes en cours, nombre variable, et c’est parti pour 95 minutes délirantes !

Jim Jarmush

Pour couronner le tout, ultime projection du dernier jour de Festival, le quatuor éblouissant des productions Scorsese sur le Blues : «Feel like going Home» avec pour sous-titre «From Mali to Mississippi» du grand Martin himself, qui refait à l’envers le parcours musical d’artistes noirs américains à la recherche de leurs racines africaines. «Red, White and Blues» de Mike Figgis, «Godfathers» de Marc Levin et «The Road to Memphis» de Richard Pearce . Quatre merveilles, auxquelles vont bientôt s’adjoindre d’autres réalisateurs. Jazzy, non ?
Vous en voulez encore ? Une solution : à l’année prochaine !

Véronique Blin