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60. mostra internazionale d'arte cinematografica

GOODBYE, DRAGON INN
De Tsai Ming Liang


Il est différentes façons de dire les raisons pour lesquelles on aime un film. Certaines sont objectives (cadrages réussis, maîtrise d’œuvre irréprochable, scénario enthousiasmant…) ; d’autres, beaucoup moins… Tel est le cas de ce nouvel objet étrange, commis par le grand maître taïwanais Tsai Ming Liang. Avec pourtant toujours ces thèmes récurrents (pluie diluvienne et continue noyant la plupart de ses films dans l’élément liquide ; plans fixes interminables prenant le temps de vous donner celui de faire corps avec eux…) qui, pour certains (voire pour beaucoup), apparentent son œuvre à une sorte de parcours fléché immuable et donc, à la longue, pour ceux-là, ennuyeux…
Que ne prennent-ils le plaisir de l’après, une fois passés les clichés de l’habitude, de ces leitmotiv qui sont autant de signatures d’une œuvre incomparable, au lieu d’en taxer son auteur d’immobilisme patent ? Comment ne pas s’insurger contre ceux-là mêmes qui encensèrent Liang à ses débuts, pour lui reprocher aujourd’hui de ne plus progresser, voire d’exploiter un filon ?
Ce serait faire bien peu de cas de l’atmosphère très particulière dans laquelle il nous plonge à chaque fois, toujours dans l’attente de quelque-chose, sur le fil ténu de l’incertitude (la quête de paternité dans « La Rivière », le guêt permanent au trou du plafond dans « The Hole »…).

Lee Kang-Sheng

En l’occurrence ici, l’attente est celle de cette jeune caissière d’un vieux cinéma à la veille de sa démolition, le soir de sa dernière séance (bouleversante Chen Shiang). Handicapée de la jambe droite, dont elle traîne le pied bot tel un fardeau, elle guette chaque jour un signe du projectionniste à son endroit (Lee Kang-Sheng, acteur fétiche de Liang); ils ne se croiseront jamais. En un long plan séquence douloureux, Tsai Ming Liang lui fait gravir les trois étages la séparant de la cabine, pour porter à son amoureux les trois-quarts du gâteau de pêche chaud qu’elle a gardé pour lui ; la pièce est vide, comme d’habitude, devine-t-on. Il lui faut redescendre par le même chemin pénible, louvoyant comme elle peut de son membre meurtri entre les seaux répartis pour récolter l’eau de pluie qui dégringole du toit percé… Attente aussi de ces silhouettes diffuses dans l’obscurité de la salle, fantômes du passé, homos en quête de partenaires ou anciens acteurs nostalgiques de ce fameux « Dragon Inn », film culte projeté pour la dernière fois, trente-six ans après sa sortie.

Tout le film est ainsi, admirablement. Il est des films lents dont la lenteur est insupportable, vide de sens, ou maniériste à l’extrême. Celle de Liang est fascinante, porteuse de mille questions sur la vie. Questions ouvertes, restées sans réponses : sa caméra en plan fixe, plantée devant l’immensité de cette salle vide, désertée de ses rares spectateurs, désertée, peut-être, par le cinéma même ?

Véronique Blin