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60. mostra internazionale d'arte cinematografica

The Tulse luper suitcases

Antwerp

Un événement spécial de Peter Greenaway

Comme par hasard, pour ne pas dire comme d’habitude, le volet « Anvers » n’existe pas dans la trilogie débridée, forcenée et glorieuse du grand Greenaway consacrée aux tribulations de l’écrivain et maquettiste Tulse Luper et ses fameuses valises… Spécialement concocté pour les Festivals de Venise et Toronto, cet «insert» de 105 minutes, une fois de plus magistral, nous a donc conviés, au Lido de la 60e Mostra, à une projection unique, dans tous les sens du terme.
Après le premier épisode «The Moab Story», d’éblouissante mémoire cannoise cette année, et avant «Vaux to the Sea» ou le dernier «From Sark to Finish», qu’en est-il de cet étrange «Anvers» ?

Sorte de melting pot du précédent et sans doute de ceux à venir, cette apparente digression ou supposée parenthèse lagunaire reprend pour l’essentiel les thèmes chers au cinéaste britannique, à savoir l’eau, les chiffres et les objets, tout en poursuivant les aventures voyageuses de son androgyne Luper et son cortège de bagages renfermant, à terme, soixante années de temps et de matière, de la découverte de l’uranium en 28 à la chute du mur de Berlin en 89.

Les films de Greenaway sont inracontables, au sens narratif du terme ; celui-ci comme les autres. C’est bien là son secret : ce qu’il nous montre, seul le cinéma peut le faire et c’est en cela précisément qu’il devient Art. Raconter une histoire ne sera jamais le propos de Greenaway et c’est tant mieux (cf. interview ).
Manipulée, bousculée, inversée, découpée, redécoupée par ses soins à l’infini, sa caméra magique invente et réinvente sans cesse un langage qui lui est propre. Au-delà d’une technique hallucinante, qui tient de la peinture (son premier talent), de la sculpture, de l’architecture et des mathématiques, Peter Greenaway laisse libre cours à une imagination débridée, la sienne, puis la nôtre puisqu’il nous y invite et crée, sur l’écran, une alchimie saisissante : la poésie de l’image.

Véronique Blin