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60. mostra internazionale d'arte cinematografica

LE RETOUR (VOZVRASCHENIE)
De Andrey Zvyagintsev

LION D’OR VENISE 2003

Où il est question d’un plongeoir, d’une fraternité mouvementée, du retour d’un père enfui depuis dix ans… Le premier long-métrage du moscovite Zvyagintsev rafle du même coup la récompense suprême vénitienne et l’adhésion d’un public en état de choc.
Quelle intensité, quelle profondeur, quelle beauté en somme ! Le symbole initial, premières images du film, du tout jeune Ivan (prodigieux Ivan Dobronravov), hésitant puis renonçant à se lancer (dans la vie ?) du haut de ce plongeoir de dix mètres, à la suite de son frère aîné Andrey (Garin Vladimir) et de ses copains, donne toute la dimension de cette œuvre magnifique sur la découverte, l’apprentissage et – peut-être – la maîtrise des chemins de l’existence, ses méandres, ses désillusions et ses joies.
Le retour de ce père quasi inconnu (formidable Konstantin Lavronenko) est le point d’ancrage, l’axe autour duquel s’organise cette nouvelle appréhension de la vie. Jusque-là, seule la mère était le socle (émouvante Natalia Vdovina). Elle qui était venue récupérer son petit tétanisé au bord du plongeoir, incapable de sauter. Elle aussi qui protège ses enfants dans une sorte de cocon mou et chaleureux, la quintessence du giron maternel.Elle enfin qui doit réapprendre la vie de couple dans un lit désespérément vide depuis longtemps de présence masculine. Ce microcosme reconstitué, une famille, bouleverse les habitudes, change la donne préalable dans laquelle chacun s’était installé. D’autant qu’à peine rentré, le mari repart en voyage avec ses deux garçons, laissant à la maison une épouse vraiment seule, cette fois.

Ivan Dobronravov

Le réalisateur Andrey Zvyagintsev

Ce voyage est pour Ivan un parcours initiatique ; pour son frère Andrey, l’occasion de se mesurer à cette homme dont il tenait la place. Et pour nous, spectateurs, celle de découvrir un jeune cinéaste russe éblouissant, de la veine d’un Tarkovski, capable comme lui de rendre «visibles» des sentiments, des atmosphères, de faire parler les non-dits. En cinéma, cela s’appelle la grâce.

Véronique Blin