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60. mostra internazionale d'arte cinematografica

Vodka Lemon

de Hiner Saleem

PRIX SAN MARCO VENISE 2003


Un grand-père impotent glisse à vive allure sur le chemin enneigé qui conduit au cimetière, à bord de son lit roulant. Emmitouflé et en gros plan. Parvenue à destination, la caméra recule et l’on découvre en riant le camion qui le tire ainsi, d’où descend la famille entière. En ce long plan-séquence initial, émouvant et inattendu, le réalisateur kurdo-irakien signe pour la quatrième fois le manifeste qui lui est le plus cher : le détournement de la tragédie par l’humour.
Réfugié politique depuis vingt ans, ayant fui le régime de Sadaam Hussein d’abord en Italie, puis en France où il réside depuis dix ans, Hiner Saleem nous parle une fois de plus de son pays qui n’existe plus en tant que tel, le Kurdistan, et de cet autre ici, dans «Vodka Lemon», qu’il vénère, de triste mémoire purement et simplement rayé de la carte : l’Arménie (voir interview).
C’est précisément dans un village kurde caucasien qu’il plante cette fois sa caméra, pour suivre Hamo (Romik Avinian), sexagénaire veuf, ancien officier de l’Armée Rouge à la retraite, qui partage son temps entre le cimetière où il vient tous les jours nettoyer la tombe de sa femme, et les allers-retours fréquents à la poste, à bord du side-car moribond de son ami et voisin Dilovan (Ivan Franek), pour y guetter les courriers de son fils émigré à Paris, dans l’espoir d’y trouver quelque argent… A chaque fois, un mot gentil, des photos de sa fiancée, mais nul billet ni chèque joint… Au cimetière, Houmo ne tarde pas à remarquer une belle femme, Nina (Lala Sarkissian), veuve elle aussi, qui prend quotidiennement le même car que lui pour aller retirer la neige qui recouvre la tombe de son époux. Un jour, Hamo y dépose une fleur…

Par le biais de ces gestes simples, Saleem nous décrit tout un peuple à l’échelle d’un village, et nous montre à quel point l’instinct de survie des Arméniens leur est chevillé au corps et à l’âme. Sous un climat des plus rudes et dans des conditions de subsistance des plus minimales, voici des gens au courage exemplaire, dont l’humour et le sens de la dérision n’ont d’égal que celui du partage et de la solidarité, seules armes efficaces contre toute oppression. Les scènes cocasses ou émouvantes se succèdent à vive allure avec, en filigrane, ténue mais bien présente, une certaine idée de la liberté… Superbe leçon de vie !

Véronique Blin