InterCineTh
Accueil
Interviews
Portraits
Galerie
Théâtre
Cinéma
Festivals

60. mostra internazionale d'arte cinematografica

Zatoichi

de Takeshi Kitano

Il est aveugle, mais n’a pas son oreille dans sa poche… C’est au son que l’ancien grand maître du sabre japonais au XIXe siècle, Zatoichi (Kitano lui-même), mène ses combats. Tel Lucky Luke tirant plus vite que son ombre, il dégaine, virevolte, se retourne et neutralise ses rivaux à l’instant précis où ceux-là mêmes ne font qu’inspirer avant de tirer l’arme de son fourreau… Il «entend» leur respiration, signe avant-coureur du mouvement à venir.
Celà pourrait s’apparenter à une vaste plaisanterie, à l’un de ces films de kung-Fu aux envolées spectaculaires dont le cinéma nippon fut et est encore si prolixe, voire à ces jeux vidéo dont les gamins raffolent, si, une fois de plus, Kitano n’ajoutait de la chair et de l’esprit à ce scénario basique. Car, qui mieux que lui sait, bien au-delà du shéma simple qu’il propose, nous entraîner dans les arcanes complexes de la réflexion, de l’introspection, du questionnement sur le monde et, partant, dans celles de l’émotion ? Personne, ou presque ; en tout cas, très peu de cinéastes.
Le vieux Zatoichi, donc, sa gloire passée, survivant grâce au jeu et aux massages qu’il pratique à merveille, découvre sur son chemin nomade, un village montagneux écrasé sous le joug du brigand Ginzo, qui y dicte sa loi sauvage et sanguinaire. Deux sœurs geishas s’y trouvent, décidées à venger le meurtre de leurs parents, ainsi qu’un jeune samouraï, Hattori, récemment recruté par Ginzo, mais ayant comme elles pour dessein secret d’éliminer le despote. Tous les ingrédients sont ainsi rassemblés, qui annoncent, en principe, de belles bagarres à venir…
C’est là que Kitano nous attend, nous contourne, nous piège et nous régale, infiniment. Premier film «d’époque» réalisé par l’auteur de «Violent Cop», certes, mais aussi de l’éblouissant «Hana-Bi», qui lui valut ici le Lion d’Or en 97, ou du bouleversant «Sonatine», il est aussi la première expérience du cinéaste de s’inspirer de l’idée d’un autre que lui. A l’entendre, ce serait pourtant pour lui la plus enrichissante. Quoi qu’il en soit, à partir de cette trame somme toute assez banale, Kitano fait appel à tous nos sens, les ouvre à son propos, dont on suit, haletants, la progression et le dénouement. Par l’image précise, vivante, de sa caméra éblouissante, il nous offre la poésie des corps en mouvement, la chair et le sang de son œuvre magnifique.
Une chose encore : à l’issue de ce voyage en fait intemporel, de cette croisade pour une plus grande justice entre les hommes, Zatoichi semble avoir recouvré la vue. Mais son œil est vert, transparent, fluorescent, tel celui d’un chat. Peut-être Kitano nous signifie-t-il par ce biais qu’il ne l’a jamais perdue, mais qu’il faut savoir apprendre à regarder.

Véronique Blin