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Région Champagne-Ardenne

Cinq Compagnies avec l’ORCCA (Office Régional Culturel de Champagne-Ardenne)
Caserne des Pompiers, 116 rue de la Carreterie
Tél : 04 90 85 03 78


Elle fut la première région de France à porter en Avignon, rendez-vous phare mondial de la création théâtrale, le fruit d’une année de travail. Les sarments ont mûri, son initiative en a tenté d’autres et c’est tant mieux…
Il n’en reste pas moins vrai qu’au fil des années, la sélection champenoise a confirmé son label de qualité. Son « A.O.C » est parfaitement justifiée, par le foisonnement inventif des jeunes compagnies qui la composent.
Sur les cinq « bonnes bouteilles » que propose la région pour ce cru 2004 - prenant d’assaut la désormais incontournable Caserne des Pompiers, non pour éteindre le feu, mais pour l’y mettre – nous vous recommandons vivement trois nectars qui devraient chatouiller vos papilles de bien jolie façon et diriger vos pas vers la rue Carreterie. Bonne dégustation !


A l’heure de l’apéritif (12h30), pourquoi ne pas s’asseoir dans l’herbe auprès de Julika Mayer, de la Compagnie « Là où », qui se débat pendant trente minutes avec son transat ? Au début de HEIMAT, OU HABITONS-NOUS ? (HABITABLE), la création de cette jeune femme issue de l’Ecole Supérieure des Arts de la Marionnette à Charleville-Mézières, tout est calme, paisible, tranquille. Une femme, de dos, alanguie dans une chaise longue, chantonne. Tout va bien ; on devine qu’il fait beau. Mais peu à peu, l’objet se rebelle, résiste, impose son existence à l’occupante, qui tente de s’en accommoder, de composer avec l’objet, d’en « faire le tour » en quelque sorte. Mal lui en prend, car plus elle tente d’amadouer la chaise, plus cette dernière lui joue des tours pendables : tandis que Julika essaie de s’en extraire, elle se replie sauvagement sur elle, la gardant prisonnière ; alors que la jeune artiste, faisant contre mauvaise fortune bon cœur, décide de « faire avec », en s’allongeant, bon an mal an, à l’envers, reins cambrés et tête en arrière (inconfort total !), le transat n’en fait décidément qu’à sa tête et se replie dans l’autre sens !
Avec un humour savoureux, une agilité d’acrobate et une grâce féline, Julika Mayer métamorphose sous nos yeux le duo initial en duel féroce. Et même si à l’issue, la chaise semble l’emporter, occupant fermement la place, tandis que la jeune femme s’en est allée, c’est Julika qui gagne nos cœurs, soyez-en assurés.

A celle du pousse-café (14h), invitez-vous à la NOCE de Jean-Luc Lagarce et tournez sur l’impressionnant manège imaginé par Christine Berg et sa Compagnie « Ici et maintenant théâtre » pour l’illustrer. Tourne, tourne, manège de la vie, où les luttes de pouvoir, de convoitise, de jalousie et de cupidité, convolent avec les préséances d’une « communauté réduite aux acquêts », à l’instar d’un véritable contrat de mariage.
Dans cette cacophonie ubuesque, où les « gens de la haute » (notables, politiques, entrepreneurs, chefs en tous genres) tiennent le haut du pavé, écrasant de leur superbe ceux qui aimeraient bien en être, on ne verra jamais les mariés. On ne sait même pas où l’on est…
L’intérêt de Christine Berg pour les textes contemporains est la base même de son travail au sein de sa Compagnie. Son goût de la langue aussi. Souvenez-vous en 2001 de sa magnifique mise en scène de « L’Atelier volant » de Valère Novarina, qui fit les très beaux jours de La Caserne en Avignon. Sa perpétuelle quête du sens, sa faculté toujours renouvelée de faire corps avec le texte pour nous en restituer l’essence même, font de chacune de ses implications une magistrale interrogation sur l’état du monde. « Ici et maintenant » porte bien son nom et la « lecture » que Christine Berg fait de cette noce tourbillonnante, nous pose une nouvelle fois la question entêtante : que faisons-nous de nos vies, aujourd’hui ?

Juste avant de repasser à table (18h30), vous avez le droit de grimper au mur avec Jean-Baptiste André de l’association (w), en entrant dans son INTERIEUR NUIT. Lui aussi promu de l’Ecole Supérieure des Arts du Cirque, ce jeune prodige acrobate vous propose pour sa toute première création, un fabuleux voyage en apesanteur. Alliant l’humour et la dérision du minimal aux plus hautes technologies de la vidéo, il invente des postures ahurissantes en maniant lui-même sa caméra.
Si l’on a vu cette année pléthore d’assistance vidéaste injustifiée, voire agaçante, sur les tréteaux avignonnais, Jean-Baptiste André, lui, fait corps avec elle, la fait vivre comme partenaire indispensable de son spectacle.
Dans l’obscurité nimbée d’or de la salle, au gré de ses déplacements, sa caméra le suit dans ses moindres mouvements, projetant sur le mur les images inversées, à la verticale, des reptations et contorsions qu’il exerce au sol. Ce ballet féerique vous invite à voler, en le voyant ainsi, tel un cosmonaute halluciné, se détacher du mur qu’il est sensé escalader, pour nager dans l’espace ou se gratter le mollet sur l’image inversée. Un rêve de poésie, de joie et de légèreté.

Si vous avez encore faim, ou décidé de passer la journée à la Caserne des Pompiers, sachez que deux autres repas peuvent encore vous y être servis : à 16h, « alliage théâtre » vous propose de partir sur les ailes de L’OISEAU VERT de Benno Besson, d’après l’œuvre de Carlo Gozzi, fable éternelle de la princesse enfermée dans une statue, et à 20h30, la Compagnie "Théâtre'Théâtre" vous invite à partager les soucis d' ANATOLE FELDE, petit drame « bural » d’un employé mécontent de ses patrons. Bon appétit !

Véronique Blin