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Elle fut la première région de France à porter en Avignon, rendez-vous phare mondial de la création théâtrale, le fruit dune année de travail. Les sarments ont mûri, son initiative en a tenté dautres et cest tant mieux
Il nen reste pas moins vrai quau fil des années, la sélection champenoise a confirmé son label de qualité. Son « A.O.C » est parfaitement justifiée, par le foisonnement inventif des jeunes compagnies qui la composent.
Sur les cinq « bonnes bouteilles » que propose la région pour ce cru 2004 - prenant dassaut la désormais incontournable Caserne des Pompiers, non pour éteindre le feu, mais pour ly mettre nous vous recommandons vivement trois nectars qui devraient chatouiller vos papilles de bien jolie façon et diriger vos pas vers la rue Carreterie. Bonne dégustation !
| A lheure de lapéritif (12h30), pourquoi ne pas sasseoir dans lherbe auprès de Julika Mayer, de la Compagnie « Là où », qui se débat pendant trente minutes avec son transat ? Au début de HEIMAT, OU HABITONS-NOUS ? (HABITABLE), la création de cette jeune femme issue de lEcole Supérieure des Arts de la Marionnette à Charleville-Mézières, tout est calme, paisible, tranquille. Une femme, de dos, alanguie dans une chaise longue, chantonne. Tout va bien ; on devine quil fait beau. Mais peu à peu, lobjet se rebelle, résiste, impose son existence à loccupante, qui tente de sen accommoder, de composer avec lobjet, den « faire le tour » en quelque sorte. Mal lui en prend, car plus elle tente damadouer la chaise, plus cette dernière lui joue des tours pendables : tandis que Julika essaie de sen extraire, elle se replie sauvagement sur elle, la gardant prisonnière ; alors que la jeune artiste, faisant contre mauvaise fortune bon cur, décide de « faire avec », en sallongeant, bon an mal an, à lenvers, reins cambrés et tête en arrière (inconfort total !), le transat nen fait décidément quà sa tête et se replie dans lautre sens ! Avec un humour savoureux, une agilité dacrobate et une grâce féline, Julika Mayer métamorphose sous nos yeux le duo initial en duel féroce. Et même si à lissue, la chaise semble lemporter, occupant fermement la place, tandis que la jeune femme sen est allée, cest Julika qui gagne nos curs, soyez-en assurés. |
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A celle du pousse-café (14h), invitez-vous à la NOCE de Jean-Luc Lagarce et tournez sur limpressionnant manège imaginé par Christine Berg et sa Compagnie « Ici et maintenant théâtre » pour lillustrer. Tourne, tourne, manège de la vie, où les luttes de pouvoir, de convoitise, de jalousie et de cupidité, convolent avec les préséances dune « communauté réduite aux acquêts », à linstar dun véritable contrat de mariage.
Dans cette cacophonie ubuesque, où les « gens de la haute » (notables, politiques, entrepreneurs, chefs en tous genres) tiennent le haut du pavé, écrasant de leur superbe ceux qui aimeraient bien en être, on ne verra jamais les mariés. On ne sait même pas où lon est
Lintérêt de Christine Berg pour les textes contemporains est la base même de son travail au sein de sa Compagnie. Son goût de la langue aussi. Souvenez-vous en 2001 de sa magnifique mise en scène de « LAtelier volant » de Valère Novarina, qui fit les très beaux jours de La Caserne en Avignon. Sa perpétuelle quête du sens, sa faculté toujours renouvelée de faire corps avec le texte pour nous en restituer lessence même, font de chacune de ses implications une magistrale interrogation sur létat du monde. « Ici et maintenant » porte bien son nom et la « lecture » que Christine Berg fait de cette noce tourbillonnante, nous pose une nouvelle fois la question entêtante : que faisons-nous de nos vies, aujourdhui ?
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Juste avant de repasser à table (18h30), vous avez le droit de grimper au mur avec Jean-Baptiste André de lassociation (w), en entrant dans son INTERIEUR NUIT. Lui aussi promu de lEcole Supérieure des Arts du Cirque, ce jeune prodige acrobate vous propose pour sa toute première création, un fabuleux voyage en apesanteur. Alliant lhumour et la dérision du minimal aux plus hautes technologies de la vidéo, il invente des postures ahurissantes en maniant lui-même sa caméra. Si lon a vu cette année pléthore dassistance vidéaste injustifiée, voire agaçante, sur les tréteaux avignonnais, Jean-Baptiste André, lui, fait corps avec elle, la fait vivre comme partenaire indispensable de son spectacle. Dans lobscurité nimbée dor de la salle, au gré de ses déplacements, sa caméra le suit dans ses moindres mouvements, projetant sur le mur les images inversées, à la verticale, des reptations et contorsions quil exerce au sol. Ce ballet féerique vous invite à voler, en le voyant ainsi, tel un cosmonaute halluciné, se détacher du mur quil est sensé escalader, pour nager dans lespace ou se gratter le mollet sur limage inversée. Un rêve de poésie, de joie et de légèreté. |
Si vous avez encore faim, ou décidé de passer la journée à la Caserne des Pompiers, sachez que deux autres repas peuvent encore vous y être servis : à 16h, « alliage théâtre » vous propose de partir sur les ailes de LOISEAU VERT de Benno Besson, daprès luvre de Carlo Gozzi, fable éternelle de la princesse enfermée dans une statue, et à 20h30, la Compagnie "Théâtre'Théâtre" vous invite à partager les soucis d' ANATOLE FELDE, petit drame « bural » dun employé mécontent de ses patrons. Bon appétit !
Véronique Blin