54. Internationale FilmFestspiele Berlin
05-15.02.2004
Impressions,Reflexions et Bilan

Ne vous y fiez pas, la couverture de la Biennale
n'est pas toujours un chemin parsemé de tulipes...
Cest la jeunesse qui a triomphé cette année à Berlin. Ainsi que lémotion, la volonté radicale et rageuse dune poignée de grands ados ou jeunes adultes, pour les acteurs, dirigés par des réalisateurs à peine plus âgés queux, de se sortir à tout prix dune vie mollement morose et sans réel objectif, dun mal-être général qui les pousse tous vers lextrême, devant comme derrière la caméra.
Quil sagisse du film germano-turc de Fatih Akin , qui signe brillamment son deuxième long métrage «Gegen die Wand», («Head on» que lon pourrait traduire par «La tête haute»), oursifié dOr ce soir dans la grande salle du Berlinale Palast, du Grand Prix du Jury, «El abrazo partido» («Lost embrace» ou, peutêtre, «Baiser perdu») de largentin Daniel Burman, qui le talonne de son emblème argenté, ou encore lOurs de même couleur qui récompense le réalisateur coréen Kim Ki-Duk pour son habileté dans «Samaria» («La Samaritaine»), ces trois plus hautes distinctions berlinoises étayent et confirment limpression profonde qui a dominé ces onze jours de compétition : le jeune cinéma mondial, témoin inquiet de son temps, reprend ses marques et cherche un nouveau départ.
Les Prix dInterprétation vont aussi dans ce sens : lencore adolescente Catalina Sandino Moreno, éblouissante Maria de «Maria, llena eres de gracia» («Maria pleine de grâce») du colombien Joshua Marston, qui partage avec la méconnaissable Charlize Theron qui prit quinze kilos pour le rôle, sabîma les dents, la bouche, les yeux, tout, sulfureuse et fulgurante Aileen du «Monster» de laméricaine Patty Jenkins, lui emboîte le pas dans une même rage de vivre. Quant au tout jeune Daniel Hendler, inoubliable Ariel d «El abrazo partido» qui rafle le Prix des garçons, sa quête infinie du père, lémotion qui létreint de bout en bout nont dégale que celle quil nous dispense.
Nos autres bonheurs de la compète furent, il faut le dire, en grande partie français. De louverture du festival avec les «Confidences trop intimes» de Patrice Leconte, où Bonnaire en névrosée et Luchini en faux psy conseiller financier nous réjouissent de leurs prouesses, à sa clôture avec le toujours si jeune Eric Rohmer et son «Triple Agent» passionnant au texte magnifique, les réjouissances ont été multiples et de taille. Sans oublier la surprise daujourdhui, délicieuse cerise franco-belge sur le gâteau berlinois : lultime projection de presse très matinale dun petit bijou pour festivaliers pourtant fatigués en fin de parcours. Le premier film de Stéphane Vuillet, «25 degrés en hiver», qui alterne en permanence émotion profonde et rire salvateur, nous a réveillés en fanfare et fait passer une excellente dernière journée.
Dans les autres sections, quatre coups de cur, dont trois au «Panorama», léquivalent germanique de notre «Un Certain Regard» cannois, en plus foisonnant encore, ne serait-ce que par le nombre de films projetés et les sous-sections qui le composent : Loctogénaire Alberto Granado, ancien compagnon de route et de combat du Che, alors seulement prénommé Ernesto, bien avant quil ne devienne légendaire, nous a réjouis dans le très authentique documentaire de Gianni Mina «Travelling with Che Guevara», réalisé en parallèle du tournage du Motorcycle diares» de Walter Salles, que nous devrions voir en mai à Cannes, sur le fantastique périple-découverte en moto de lAmérique latine par les deux amis alors étudiants en médecine, à bord dune vrombissante Norton 500. De Chine nous vint «Jingh Zhe» de Wang Quanan, splendide épopée dune jeune paysanne de la province nordique proche de la Mongolie, descendue à Pékin dans lespoir daméliorer sa vie et échapper à un mariage forcé, qui finit par y retourner, désabusée et anéantie. Une merveille. Le troisième enthousiasme de cette section revient aussi à un français : Sébastien Lifschitz nous a saisis en plein cur avec «Wild side», bouleversante analyse de comportement du transsexuel Stéphanie, née Pierre, amoureuse dun supposé «client». Poignant, sans une once de pathos. Enfin, dans «Retrospektive New Hollywood 1967-1976», le documentaire de Barbara Kopple «Harlan County, U.S.A.», relatant par le menu lhistorique et longuissime grève des mineurs de charbon de 73, qui cessèrent le travail pendant treize mois pour obtenir des contrats dignes et instaurer des mesures de sécurité correctes, appuyés dans leur combat par les femmes, incroyablement déterminées, nous a coupé le souffle.
Au chapitre des «Evènements Spéciaux», la projection unique du deuxième volet de «Tuse Luper Suitcases, Part II Vaux to the See», qui sera en principe présenté à Cannes dans la Sélection Officielle, a confirmé, sil en était besoin, le talent inouï de Peter Greenaway en matière de construction des images, preuve chez lui indubitable que le cinéma est un Art à part entière. Et dans le cadre du «Talent Campus», la partition live de John Cale (Velvet Underground) en accompagnement du film quasi muet de CS Leigh «Process», que nous verrons fin mars en France, avec Béatrice Dalle et Guillaume Depardieu, fut aussi un grand moment.
Un regret cependant : que le superbe et poignant film du norvégien Hans Petter Moland «The beautiful country» nait pas retenu lattention du Jury. On ne peut pas être contents tout le temps !
Véronique Blin
