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"FEUX ROUGES"

De Cedric Kahn, d’après le roman de Georges Simenon

Avec Jean-Pierre Darroussin et Carole Bouquet


La route des vacances estivales, départ de Paris… Avant de la prendre, Antoine vide une bière au café où il a rendez-vous avec sa femme Hélène…qui est en retard… Alors deux, puis trois verres l’aident à patienter. Ils doivent passer prendre leurs enfants dans le sud de la France, avant quinze jours de repos bien mérité.

Nous ne saurons rien des vacances en question, car tout le film se déroule sur la route, dans ou à côté de la voiture, lors des nombreux arrêts qu’Antoine opère pour se rincer le gosier… L’occasion pour Cédric Kahn de nous offrir un road movie impressionnant, tendu, inquiétant. A bord du véhicule, le ton monte à mesure des verres engloutis, de la vitesse excessive, rythmant les échanges verbaux peu amènes d’abord, de plus en plus virulents ensuite, entre les deux époux. Dans ce registre (comme dans tous les autres), Darroussin est une fois de plus excellent. Incarnant à merveille le salarié type d’une compagnie d’assurances, cadre moyen, peut-être supérieur mais qui s’en fout, désabusé, blasé, revenu d’à peu près tout et ne supportant pas d’être bloqué dans les embouteillages de juillet, il marque de son empreinte incomparable l’asphalte fumant de ce voyage contrarié. A ses côtés, Bouquet a peur et nous, de plus en plus. Et pourtant, il n’en fait pas des tonnes, le père Antoine, bien au contraire : il ressemble au brave type sympa à l’origine, plutôt content de partir régaler sa petite famille les pieds dans l’eau. Mais l’on sent que sa coupe est pleine et c’est cette montée insidieuse d’adrénaline, cumul de rancoeurs trop longtemps repoussées, de mal-être trop souvent tu, qui fait péter le bouchon.

Plus étonnante est la fin, sans doute absente du roman éponyme de Simenon, qui a pourtant fait craquer Kahn. Le réalisateur de «L’ennui» a opté pour une «happy end», à laquelle nous a peu habitués l’écrivain helvétique. Bien en a pris, peut-être, à Cédric Kahn, de terminer son film de cette façon ; on commençait à ne plus pouvoir respirer, oppressés à notre tour par l’ambiance suffocante de l’habitacle. Un peu d’air n’a jamais fait de mal à personne, mais quelle magistrale tension tout du long, avant de reprendre son souffle !

Véronique Blin