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COMME UNE IMAGE, d’Agnès Jaoui
Avec Marilou Berry, Jean-Pierre Bacri, Agnès Jaoui…

Y aurait-il du triptyque dans l’air ? Quitte à avancer cette hypothèse, étayons-la. Si l’on regarde bien « Le Goût des Autres », le premier film de Jaoui au succès – mérité – que l’on sait, il est déjà question d’image : celle que l’on produit sur autrui ; celle que les autres attendent de nous. Bref, une histoire de conformité, de formatage, d’acceptation ou rejet des sacro-saintes « normes ». Ici, l’image en question est celle des magazines de mode, « à la mode ». Papier glacé, figé, où se découpent les silhouettes calibrées de mannequins de rêve. Images immobiles de modèles « à suivre »… Quand on sait qu’à peine celui-ci terminé, Agnès et son complice Jean-Pierre Bacri étaient déjà attablés à l’écriture d’un troisième film, dont la réalisatrice a laissé filtré qu’il traiterait de la culpabilité (sans doute, encore une fois, par rapport aux autres, au « regard » des autres), on est peut-être en droit de penser qu’Agnès Jaoui s’attèle avec passion au thème de la « représentation ».
Le titre de ce deuxième opus pourrait être aussi « (Sage) Comme une image », pour reprendre une expression bien française, à l’appui de l’idée de conformité. Une image de papier mode ne bouge pas, ne parle pas et surtout, ne fait pas de vagues… Sage, Lolita Cassard ? (révélation de Marilou Berry, exceptionnelle). Elle aimerait sûrement l’être, pour être conforme , belle, mince, enjouée, positive…et surtout, plaire à son père (Bacri de toujours), qui ne la regarde pas, trop occupé par son nombril. Seulement voilà, Lolita est grosse, pas très jolie, mal dans sa peau. Pour casser cette gangue d’inexistence qui l’étouffe, elle trouve refuge dans le chant et le regard de son professeur (Agnès Jaoui) qui, enfin, la « voit ».
Le regard des autres sur soi, l’impression que l’on fait, le désir inné de reconnaissance, autant de chemins qui jalonnent la quête de tout un chacun pour trouver sa place dans le monde. Les images de Jaoui, elles, sont tout sauf figées, glacées, immobiles. Le mouvement même ; la vie, en quelque sorte. Vous avez dit coupable ? A suivre, passionnément.

Véronique Blin