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61. mostra internazionale d'arte cinematografica

venezia

1-11 settembre 2004

image Pierre Demailly

Le Bilan

Ainsi donc, c’est le grand Mike Leigh qui s’empare cette année du Lion d’Or vénitien. Retour sur les bonnes (ou moins bonnes) raisons d’un Prix amplement mérité (en dépit du fait qu’on lui eût préféré sur la plus haute marche du rendez-vous cinéphile italien Hou Hsiao-Hsien et son magistral « Café Lumière », en hommage à Ozu…). Les jurés de la 61e Mostra di Venezzia en ont décidé autrement ; c’est leur rôle, après tout.

L’indubitable Imelda Staunton avait pourtant d’emblée couronné « Vera Drake » avec le Prix d’Interprétation Féminin, mais cela n’a pas suffi, semble-t-il.

Imelda Staunton

Sophia Loren et Mike Leigh

Alors, pourquoi le film au sommet du podium ? Plusieurs réponses à la question. Côté « moins bonnes raisons » annoncées plus haut, Mike Leigh n’a pas manqué, sur la superbe scène de la Fenice entièrement restaurée, alors qu’il recevait des mains de la toujours sublimissime Sophia Loren le félin ailé tant convoité, de remercier tout spécialement et « sincèrement » le Festival de Cannes de l’avoir évincé cette année, rejet inexpliqué qui lui permit d’obtenir ici la récompense suprême…
Mais on pourrait dire la même chose du Hou Hsiao-Hsien qui n’a pas eu non plus les faveurs de la Croisette. Plus sérieusement et du côté des bonnes et sans doute vraies raisons de ce choix, au-delà de l’extraordinaire vie qu’Imelda Staunton donne à son rôle, « Vera Drake » est l’incarnation même du cinéma témoin de son temps. Même s’il se réfère, dans sa narration, à un phénomène de société qu’il situe dans les années cinquante, Mike Leigh, inlassablement, regarde et aime les gens, soulève des dilemmes, pose les vraies questions : que faisons-nous ensemble ? Où va le monde ? Quel avenir pour notre planète ? Sans être jamais didactique, ce tireur patenté de sonnettes d’alarme est infatigable. Souhaitons-lui de ne pas se lasser…

image Pierre Demailly

Hou Hsiao Hsien

Nicolas Cazalé

On est drôlement contents pour Ismaël Ferroukhi et son magnifique « Grand Voyage » de la Semaine Internationale de la Critique italienne sur les conflits générationnels entre les enfants issus de l’immigration maghrébine et leurs parents. Son Lion d’Argent du Futur, correspondant vénitien de notre Caméra d’Or cannoise couronnant le meilleur premier film, toutes sections confondues, consacre ici la relation complexe entre un père profondément musulman qui prépare en fin de vie l’important pèlerinage vers La Mecque et son fils agnostique, peu embarrassé de contingences religieuses. Le chemin l’un vers l’autre sera difficile, compromis, improbable, mais Ferroukhi met en pleine et belle lumière le si sensible thème de l’intégration, en opposition apparente avec la défense et le maintien des traditions séculaires. Apparente seulement ?
Quel bonheur aussi de voir le jeune coréen Kim Ki-Duk quitter la lagune avec le Lion d’Argent de la meilleure mise en scène sous le bras pour « Bin Jip », récompense suprême pour un réalisateur ! La construction de son histoire très originale de squatter à moto qui passe d’une maison vide à l’autre sans rien voler, juste pour manger, boire et dormir sous des toits différents chaque jour, prenant grand soin de ne pas entrer par effraction, de laisser la place aussi nette et propre qu’il l’a trouvée, allant même jusqu’à laver le linge sale familial, passer l’aspirateur ou ranger le désordre, est fantastique d’ingéniosité, de rapidité, d’efficacité et d’élégance. Un grand moment de cinéma !

Kim Ki-duk

Hayao Miyazaki

Enfin, quels beaux lauriers que ceux remportés par les studios japonais Ghibli, en la personne de son directeur Hayao Miyazaki, pour le fascinant « Château errant ». Fulgurant dessin animé de toute beauté, où une petite couturière est sauvée de justesse d’un kidnapping de mauvais plaisants par un Prince Charmant volant qui l’entraîne à l’abri dans son château mobile, sorte de gigantesque boîte de conserve multicolore et à vapeur, monté sur pattes à géométrie très variable, où elle connaîtra les affres d’un changement d’identité – transformée en très vieille dame par les sortilèges d’une sorcière jalouse -, avant de retrouver le bonheur tant mérité. Un pur régal !
En revanche, quels regrets de ne voir figurer au Palmarès 2004 ni le très remarquable « Rois et Reine » de Desplechin, ni le superbe « Land of plenty » de Wenders ! Deux trous énormes, qui nous laissent sans voix…

Wim Wenders

Image Pierre Demailly

Ricardo Trepa et Luis Miguel Cintra

Dans les autres sections, nous avons aimé : beaucoup, le dernier opus du seigneur Oliveira « O quinto imperio », consacré à l’adulé roi portugais Sebastiao, mystérieusement disparu au XVe siècle, curieux révélateur des tourments d’aujourd’hui ; passionnément, les deux premiers volets du triptyque « Eros », respectivement commis par Wong Kar Wai et Steven Soderbergh. Le troisième nous laisse perplexes d’inquiétude quant à la santé cinématographique de son auteur, le pourtant autrefois génial Antonioni… A la folie, enfin, « La femme de Gilles » de Frédéric Fonteyne, qui décroche le Prix « Art et Essai » de la CICAE, où la reine Emmanuelle Devos n’est pas que celle de Desplechin… Aux côtés du magistral Clovis Cornillac, son époux dans le film, cette immense comédienne est absolument bouleversante !

Voilà précisément ce que l’on retiendra de cette 61e édition de la Mostra vénitienne : le cru 2004 fut celui des acteurs ! Nul film, même des plus modestes, voire des plus ratés, qui ne soit à la gloire des comédiens. Bon signe pour le cinéma à venir : ils rivalisent tous de vitalité, d’énergie, de talent. Soyons confiants : si le cinéma mondial se doit d’être le témoin de son temps, ce sont les acteurs qui nous passent le relai. Au lendemain des JO d’Athènes, ce sont bien eux les vainqueurs de la compétition. Bel élan !

Image Pierre Demailly

Véronique Blin vous salue bien