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LAND OF PLENTY, de Wim Wenders
Avec John Diehl, Michelle Williams, Richard Edson

Wenders a bel et bien le blues dans la peau. Bel et bien, parce que son film est beau et remarquable. Bluesy, parce quaprès sa participation aux séries scorsesiennes sur le thème avec «the Soul of a Man », il reprend pour son compte la chanson du désenchantement, face à une Amérique quil aime infiniment, mais voit aujourdhui explosée, écartelée, disjonctée par laprès 11 septembre 01.
| Qui prend-il pour témoins de cette déchéance annoncée ? Les deux extrêmes dune même blessure : celle dun vétéran du Vietnam obsédé par la sécurité de son pays, Paul, ancien GI enrôlé dans les « Forces Spéciales », reconverti en « Nettoyeur » solitaire (au sens bessonien du terme pour « Léon »), confronté malgré lui à celle dune jeune idéaliste de vingt ans, Lana, sa nièce, qui revient au pays après dix ans dabsence et ne retrouve plus rien de ce quelle y a laissé. |
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Entre la gamine enthousiaste et lhomme mûr désabusé, Wim Wenders tisse peu à peu les liens dune relation étrange, initiée par le rejet total de loncle pour sa nièce. Mais, chacun investi dune sorte de mission, lui farouche patriote paranoïaque, maître duvre dune « épuration » acharnée, visant à éradiquer les trafiquants de toutes sortes et elle, volant au secours des opprimés, ils seront amenés à croiser leurs chemins.Ce point posé et prenant pour toile de fond les rues du « down town » de Los Angeles (si tant est que cette mégapole longiligne puisse avoir un centre-ville ), Wenders en profite, fort habilement, fort passionnément, pour dresser le portrait amer dune société malade de ses contradictions, en même temps quil fait le constat impuissant mais amoureux, voire complice, dun désarroi profond quil partage. Cette tendresse-là envahit lécran. |
On a cru jusquau bout, à Venise, que John Diehl quitterait la lagune avec le Prix dInterprétation dans sa gondole, tant la manière dont il incarne Paul nous a tous bouleversés
Regard acéré, il vif et brillant, quasi muet sauf lorsquil donne des ordres fictifs ou rend des rapports oraux imaginaires à bord de sa fourgonnette bourrée jusquau toit de matériels techniques hyper sophistiqués, il est limage même du looser guerrier, rêvant dun pouvoir qui, lorsquil leut autrefois, lentraîna dans un bourbier dont il nest jamais sorti
Wenders filme à merveille ce désenchantement-là, cette quête si vaine de reconnaissance, cette envie si tenace de « servir à quelque chose », malgré tout. De même que sa caméra attentive traque au plus près cet ange surgi de nulle part, cette jeune femme au corps denfant qui, peut-être, on lespère, on y croit, le sortira de son cauchemar. Une lumière ténue qui brille à lautre bout du tunnel. Comme celle qui illumine de nouveau le cinéma de Wenders. Le grand Wim est de retour, tres bonne nouveau !
Véronique Blin