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ROIS ET REINE, dArnaud Desplechin
Avec Emmanuelle Devos, Mathieu Amalric, Catherine Deneuve, Maurice Garrel, Jean-Paul Roussillon

La couronne supposée par le titre de son cinquième long-métrage, coiffons-en demblée la tête dArnaud Desplechin ; son film est royal. Royal dans son écriture, sa construction, son discernement, sa logique inéluctable et brutale, tel un écheveau de laine patiemment monté et aussitôt détricoté, brin à brin. Et quel amour pour les acteurs !
| Construites en apparente parallèle, deux histoires qui nen font quune, tant elles simbriquent étroitement lune dans lautre. Deux couleurs dune même pelote ; deux itinéraires croisés dun homme et dune femme qui se sont aimés, séparés, retrouvés et qui vont maintenant chacun leur chemin, elle tirée vers le haut, lui vers le bas Les aiguilles acérées du façonneur Desplechin ont tricoté là un bien joli paletot ! |
Catherine Deneuve et Mathieu Amalric |
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Le réalisateur de « Comment je me suis disputé » sattache dabord aux pas de Nora, lumineuse Emmanuelle Devos. Mère dun petit garçon né dun mari mort lorsquelle était enceinte, elle sapprête à convoler en justes noces avec un homme daffaires solide, riche et attentionné. La « belle vie », en quelque sorte. La détentrice du César de la Meilleure Actrice 2002 pour « Sur mes lèvres » de Jacques Audiard nest pas une beauté, au sens des canons en vigueur. Elle est tellement plus que cela ! La caméra de Desplechin la bien compris, qui lirradie dune lumière magnifique, la caresse à contre-jour, la cherche, la devine, sen approche, la révèle et capte jusquau vertige le moindre de ses battements de cils. Rares sont les cinéastes qui parviennent ainsi à rendre « visibles » les sentiments. Grâce à lui, rien ne nous est épargné des atermoiements de cette superbe personne. |
| Il en va de même pour Mathieu Amalric, lui aussi complice de toujours. Ici Ismaël à la dérive, nayant plus goût à rien, vautré dans le fauteuil détruit dun appartement crasseux aux volets clos, il est limage même du renoncement à tout. Brutalement sorti de sa rêverie oisive par lirruption de deux infirmiers psychiatriques chargés de linterner doffice « à la demande dun tiers », telle est la formule, lancien amour de Nora va sombrer un moment dans lunivers carcéral de la camisole chimique, traitement paraît-il approprié aux « dérèglements comportementaux » Cest pourtant bien là quil trouvera son salut, en la personne dune « co-détenue », qui lui fait écho. |
Mathieu Amalric |
Arnaud Desplechin |
En déroulant brutalement son écheveau, Desplechin nous invite à partager un constat : rien ne peut rapprocher, au bout du compte, deux êtres autrefois intimes, qui ont, pour des raisons dont le destin dispose, empreinté des chemins opposés. « Chacun sa route, chacun son chemin », dit la chanson. Si celle de Desplechin est loin dêtre tracée, elle laisse à chacun de ses pas et donc, de ses films, la marque indélébile dun artiste hors pair, intransigeant, précis, sans fioritures, ni pathos, ni mélo, dont luvre dégage pourtant une émotion indescriptible. |
Cela sappelle une signature ; ils sont peu à lavoir ; vive la sienne !
Véronique Blin