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VERA DRAKE, de Mike Leigh
Avec Imelda Staunton, Phil Davis, Peter Wight…

Imelda Staunton

Bien sûr, elle fut condamnée, l’avorteuse Vera Drake. Bien sûr, elle se mit hors-la-loi, la « faiseuse d’anges » de Mike Leigh, dans ce Londres de 1950, cet après-guerre bien pensant et moraliste où seuls les riches pouvaient, sous le manteau et avec un solide porte-monnaie, obtenir de médecins complaisants dans des cliniques chic et privées, qu’ils mettent un terme à leurs grossesses hasardeuses. Mais comment ne pas prendre farouchement le parti de cette petite bonne femme courageuse, magistrale Imelda Staunton, que l’on vit à mi-parcours de la 61e Mostra vénitienne tenir la tête des pronostics pour le Prix d’Interprétation ? Comment ne pas être pris aux tripes par cette avorteuse de quasi-vocation missionnaire qui, sans l’ombre d’une contrepartie financière, alors qu’elle trime à longueur de journée en faisant des ménages, trouve encore le temps, à l’insu de son mari mécanicien et de ses deux grands enfants, de voler au secours de jeunes filles « en difficulté », juste pour aider ?

Imelda Staunton et Phil Davis

Une fois de plus, comme dans tous ses films, Mike Leigh se penche sur la famille ouvrière britannique, ce microcosme mètre étalon, représentatif de cette classe de la société anglaise qu’il connaît bien, qui est la sienne et qu’il aime à la folie. Prenant pour témoins cette femme et ses proches (admirable Phil Davis dans le rôle de Stan, son mari et soutien indéfectible face à la Justice de son pays), le scénariste et réalisateur palmé d’Or à Cannes en 96 pour « Secrets et Mensonges ») dessine par le menu, avec force détails, les contours et le cœur d’une époque, d’un mode de vie, où la dignité et le courage, mais aussi la misère et l’ennui, la colère ou la rage, valent bien d’autres étoles de vison.
Cinéaste engagé mais jamais politicien, Mike Leigh décrit jusqu’à l’obsession dans la précision les décors, les costumes, l’atmosphère dans lesquels il fait vivre ses personnages. Ce contexte ainsi ciselé est un champ d’honneur pour les acteurs qu’il y convie. On se souviendra longtemps de l’œil humide, passionné, attentif et tendre d’Imelda Staunton, soudain si apeurée et surprise devant l’incompréhension du monde.

Mike Leigh

Une grande dame, servie par un maître.

Véronique Blin