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Onze ans, déjà ! Onze ans que la région la plus fertile de France en nombre de compagnies artistiques, présente en Avignon, sous l'égide de l'Office Régional Culturel de Champagne-Ardenne (ORCCA), les créations de son cru. Belle vitrine.
La région y a son lieu, depuis l'origine : « la caserne des pompiers », devenu fief au fil des ans, qui paradoxalement, jouxtant la vraie (caserne), contribue non à éteindre mais bien à « mettre le feu » aux pas des marcheurs patentés que sont les festivaliers avignonnais, grands arpenteurs culturels sous le soleil, prisonniers volontaires de ce rendez-vous désormais obligé à l'orée de la ville, près des remparts.
Elle y a aussi son but : Avignon est l'occasion calendaire unique de faire se côtoyer, pendant presque un mois, donc sur la « durée », récentes et anciennes compagnies, jeunes et moins jeunes équipes, dans une diversité de formes et de langages, afin d'échanger et se confronter aux multiples courants qui traversent la création.
Comme chaque année, cinq spectacles sont à l'affiche. Marathoniens avignonnais, à vos baskets ! Nous les prenons dans l'ordre horaire ; attention au départ !
12h30 Compagnie M.R.
VAGABONDE, de Marie Ruggeri
Mise en scène, Jacques Bourgaux
Avec Marie Rugeri, jeu et chant ; Christian Belhomme, accompagnement musical

D'aucuns se seraient plaints que l'heure de passage de Marie Ruggeri ne soit pas la bonne… D'autres, qu'elle aurait davantage sa place dans un cabaret que dans un théâtre… Disons-le tout net : toute heure est la bienvenue pour ce régal musical ! Pourquoi pas celle de l'apéro ?
Ce n'est pas tant que sa voix soit belle ou non ; mieux : elle est « habitée ». Par la passion du chant, c'est certain ; par celle du jeu aussi, c'est visible ; par celle des gens, surtout. Il n'est que de la voir, Marie, chercher dans la salle l'écho de ses comptines, qu'elles soient chansons légères et gaies, mélopées tristes montant de la rue ou pure poésie. Nous prenant à témoin de son voyage personnel, elle nous entraîne dans ses notes, nous invite à la suivre. Avec à ses côtés son complice attentif, Christian Belhomme, qui ponctue au piano et de sa voix en duo, les confidences ailées de cette virevoltante passagère aux multiples valises polyvalentes.
Car elle vole, Marie ! Arpenteuse infatigable de sentiers pas encore battus, elle transforme ses bagages au gré de ses trajets nomades. Entrez dans sa ronde !
14 h : Compagnie Alliage Théâtre
L'AMOUR DES MOTS, de Louis Calaferte
Mise en scène : José Renault
Avec Jean-Michel Guérin et Mélanie Faye
Le verbe « avant » le corps. Telle pourrait être la devise chère à José Renault, directeur de la Compagnie et metteur en scène de cette pièce, qui a toujours privilégié les mots avant tout travail théâtral de mise en jeu des comédiens. « Sans les mots, rien ! », dit Calaferte à l'enfant de huit ans, puis quinze, puis dix-huit, puis vingt-trois (Mélanie Faye), par le biais du précepteur (Jean-Michel Guérin) qui lui donne des cours de langage.
Cette priorité accordée au texte de l'auteur, donc au dramaturge, Renault s'en empare avec une délectation non feinte. Lui faisant même rendre son pédagogue quasi aveugle, seulement préoccupé des mots qu'il doit dispenser, au point qu'il ne « voit » pas l'élève pourtant attentif assis en face de luiCette cécité apparente du maître donne au spectateur l'occasion de se délecter tout à loisir des jeux de mots suaves du grand Calaferte. Ainsi privé, par la volonté du metteur en scène, de tout « effet » esthétique ou branché, le texte nous vient à nu, subtil, superbe.« Les mots sont des organismes complets », dit Calaferte. Mais que l'on ne s'y trompe pas ; il s'agit aussi de théâtre. Une simple lecture ne suffirait à rendre ce que l'interprétation de Jean-Michel Guérin et Mélanie Faye restitue de ce texte réjouissant, sous la houlette épurée d'un José Renault au mieux de sa forme. Et s'il fallait établir une hiérarchie des bonheurs - forcément inégaux - de cette édition 2005, c'est ici que battrait notre vrai coup de cœur.
16 h : Compagnie L'œil du tigre
ENTENDEZ-VOUS DANS LES MONTAGNES…
De Maïssa Bey
Mise en scène : Jean-Marie Lejude
Avec : sur scène et à l'écran, Fatima Aïbout et Alexis Nitzer ; à l'écran, Soizic Cossavella et Yvette Petit

photo Alain Hatat
18 h : Compagnie Pseudonymo
LE GOLEM, inspiré de l'œuvre de Gustav Meyrink
Mise en scène, conception des marionnettes et scénographie : David Girondin Moab et Muriel Trembleau.
Ecriture : Pascal Adam
Avec Gilles Debenat, Arnaud Frémont, David Geselson, Catherine Hugot, Georgios Karakantzas

photo Christophe Loiseau
Jeux de masques, de marionnettes et de lumières, impressionnants. Le travail de David Girondin Moab et Muriel Trembleau est, comme d'habitude, superbe. Mais l'enthousiasme premier s'arrête là où commence l'écriture. Car la Compagnie Pseudonymo a innové de curieuse manière : en confiant à Pascal Adam le soin d'écrire un texte sur le propos visuel qu'elle nous offre et est depuis toujours sa géniale marque de fabrique, Moab et les siens surlignent lourdement une histoire pourtant mythique - celle de cet être artificiel sans mémoire, évidé de toute identité - , dont leurs images seules auraient constitué le support idéal. Ecrit en direct, à la naissance même des images sur le plateau, la parole s'inscrivant donc « à posteriori » en elles, le récit oral de Pascal Adam, loin de nourrir le théâtre, l'encombre. Dommage !
20 h : Compagnie Delthina
LA MORT AU COIN DU BAR, de Joe Penhall
Mise en scène : Thierry Lavat
Scénographie : Emmanuel Charles
Avec Christian Loustau, Sophie Gueydon, Sandra Faure, Jauris Casanova et Gérald Maillet
photo Alain Hatat