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59 e Festival d'Avignon

LA MORT DE DANTON
De Georg Büchner
Mise en scène : Jean-François Sivadier
Traduction : Jean-Louis Besson et Jean Jourdheuil
Avec : Marc Bertin, Nicolas Bouchaud, Stephen Butel, Marie Cariès, Sarah Chaumette, Charlotte Clamens, Vincent Guédon, Frédérique Loliée, Christophe Ratandra,Jean-François Sivadier, Rachid Zanouda

Création 2005
Cour du Lycée Saint-Joseph
8, 11, 16 juillet à 22h
9, 13, 15 à 24h30 (après « La vie de Galilée »)

Jean-François Sivadier et Nicolas Bouchaud

photo Caroline Ablain

Comme souvent, Sivadier débute la pièce par un prologue personnel : de jeunes contestataires d'aujourd'hui, autant d'hommes que de femmes, débitent à l'avant-scène et à tour de rôle un chapelet de revendications, de craintes, de slogans et de doutes, sur le ton des manifestations de rue dont nous sommes coutumiers, banderoles en moins… Saisissons au vol un fleuron magnifique : une jeune femme s'avance et nous dit « Y paraît que maintenant, y'a pu d'pauvres, y disent comme ça qu'y a pu d'chômage, que maintenant, y'a des réformes et tout, mais maintenant, c'est quand ? »…
L'ambiance est posée, le ton est donné, Danton peut commencer. Changeant à vue de vêtements, au gré de leurs mouvements d'avancée ou de recul sur scène après leur prise de parole, les comédiens endossent peu à peu leurs nouvelles tenues, troquant les blouses syndicales pour des redingotes stylisées d'un tribunal révolutionnaire en formation.
Ce n'est pas tant l'histoire vraie de Danton qui intéresse Jean-François Sivadier ; pas plus que celle de Robespierre ni que tout autre Desmoulins, Collot d'Herbois ou Fouquier-Tinville. Mais une fois de plus, c'est la confrontation de l'homme avec lui-même qui retient toute son attention. A l'instar de l'intérêt que porte Brecht au combat intime de son Galilée, la lutte intérieure du Danton de Büchner est totalement déconnectée et donc indépendante du contexte historico politique d'époque. Cette absence volontaire de connotation temporelle ouvre la porte à l'universel.
Cela dit la réflexion de l'homme de théâtre qu'est Sivadier s'ancre nécessairement dans des repères, des illustrations, des images. Les siennes sont somptueuses. Il n'est que de voir ces alternances de clair-obscur nimbant le désarroi des hommes à contre-jour, avec ces fulgurances en pleine lumière lorsque l'espoir renaît.
La famille Sivadier va bien. Ses comédiens ont un plaisir visible à jouer avec lui et lui, avec eux. Que les ronchons de service aillent voir ailleurs si c'est mieux. Le théâtre existe ; il est là, sous vos yeux.

Véronique Blin