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59 e Festival d'Avignon
PUUR, de Wim Vandekeybus
Ils s'envolent. Au-dessus du chaos. Une catastrophe a eu lieu, sûrement, à en juger par l'espace calciné, matérialisé par cette forêt de longs bambous noirs qui cernent la scène immense. Sentiment confirmé par la projection d'images de violence, marquées de rouge, celui du sang, à même la roche de l'impressionnante carrière de Boulbon.
Les « survivants » sont tout de blanc vêtus. Telle l'incarnation de l'espoir. Symphonie magistrale en noir et blanc, rehaussée par les taches rouges et virtuelles du cinéma, le voyage auquel nous convient Wim Vandekeybus et sa troupe est de ceux qui vous font décoller du sol et vous transportent. Ils volent, je vous dis.
Certes, lorsqu'il présentera ce travail dans les théâtres, Vandekeybus n'aura plus le support naturel incroyable qu'est ce long cheminement pédestre parmi les cailloux, avant d'atteindre le fond de la carrière. Marche de quête, corps en mouvement, déjà, tendus vers ce parcours de la mémoire perdue et cette tentative de reconstruction. Qu'importe, finalement. Il y aura toujours - sans doute - les bambous, témoins muets de la violence passée, transformés plus tard en porteurs d'espoir, de renouveau.
Car c'est bien là la magie de ce spectacle : au fur et à mesure que les spectateurs assistent à cet acte de perte issue d'un traumatisme que les danseurs-acteurs tentent de surmonter pour aller vers ailleurs, vers un renouveau possible ; au fur et à mesure que les images projetées viennent en écho faire un jeu de miroir entre le réel des corps et le virtuel de l'écran, ces bambous calcinés changent peu à peu de couleur, sans que l'on y prenne vraiment garde.
Un à un, puis deux à deux, puis presque tous à tour de rôle, les danseurs circulent entre ces flèches noires dressées vers le ciel, comme une incantation, les font doucement pivoter vers le blanc. Entre-temps, ils auront volé à tir d'ailes, anges annonciateurs d'un lendemain meilleur, plumes légères lancées dans l'espace en toute confiance, reçues à l'autre extrémité de la scène par des silhouettes solides sur lesquelles elles se coulent. Tantôt jongleurs habiles, tantôt clowns farceurs, ils nous offrent en ballet la Beauté retrouvée.
Qu'ils soient fantômes ou morts-vivants, rescapés d'un naufrage ou divins devins, à la fin, tout est blanc. Et si en flamand « Puur » pourrait signifier pur, ce que je ne sais pas, en tout cas c'est le qualificatif qui conviendrait le mieux au sentiment éprouvé lors du chemin de retour : la beauté à l'état pur.
Véronique Blin