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55. Internationale Filmfestspiele Berlin

10.-20.02.05

Le Bilan

Etonnement ? Oui. Contentement ? Pas vraiment. En fait, on est en droit de regretter que le Président du Jury de cette 55e Berlinale, Roland Emmerich, réalisateur américano-germanique (de Munich), n’ait pris le temps de lire plus attentivement le sens précis de chaque attribution de Prix…

Roland Emmerich

Président du Jury

Pauline Malefane

Car si l’on ne peut nier la beauté formelle et l’originalité linguistique (le « Xhosa ») du film sud-africain « U-Carmen eKhayelitsha », du britannique Mark Dornford-May - transposition de la sévillanne Carmen de Bizet dans un bidonville du Cap en langue indigène - qui repart avec l’Ours d’Or du meilleur film, comment ne pas bondir en entendant que la meilleure mise en scène fut, selon lui et les siens, celle de l’allemand Marc Rothemund pour son très académique « Sophie Scholl – Les derniers jours » !
Si son interprète principale, la jeune Julia Jentsch, mérite en revanche amplement le Prix d’interprétation pour la justesse avec laquelle elle campe cette résistante anti-nazie condamnée à mort et guillotinée en 43, attribuer à Rothemund ce cadeau suprême, rêve de tout réalisateur, laisse pantois…

Julia Jentsch

Image Pierre Demailly

Issey Ogata et Kaori Momoi

D’autant qu’en face de lui, pour ce même titre, il y avait, scandaleusement absent du palmarès, un metteur en scène autrement talentueux : le magistral russe Alexandr Sokurov et son somptueux « The Sun », sur les jours déclinants de l’Empereur Hirohito. Et que dire du tourbillonnant « De battre mon cœur s’est arrêté », de Jacques Audiard, qui lui aussi repart bredouille, avec un lot de consolation en poche pour la musique de Desplat ? N’y aurait-il pas eu une sorte de jeu de chaise musicale dans cette remise de Prix ? On peut se le demander…
Autre déconvenue, autre surprise : certes, il est crédible et touchant, le tout jeune Lou Taylor Pucci en suceur de pouce tardif dans le « Thumbsucker » de Mike Mills, qui rafle le Prix du meilleur acteur. Mais franchement, que méritent alors Issey Ogata en Hirohito, impressionnant ; Michel Bouquet en Mitterrand dans « Le promeneur du Champ de Mars », inouï ; ou encore le troublant danois Troels Liby dans « Accused » ? C’est à n’y rien comprendre…

Lou Taylor Pucci

Lee Kang Sheng et Chen Shiang-Chyi

Cessons avec les sujets qui fâchent ; passons aux vraies joies. Il y en eut trois. La première fut de voir la sensibilité extrême et la délicatesse infinie du « Peacock » (Le Paon) de Gu Changwei obtenir le Grand Prix du Jury. Les deux autres vont au même film, à deux titres pleinement justifiés : en attribuant à Tsai Ming Liang pour son remarquable « Wayward Cloud » l’Ours d’Argent de la meilleure contribution artistique et le Prix Alfred Bauer, fondateur du Festival, couronnant un film qui fait avancer le cinéma dans une nouvelle direction, les jurés de cette 55e Berlinale ont applaudi une œuvre pertinente, originale et édifiante ; une véritable œuvre d’art.

Comme quoi, finalement, Emmerich et sa bande ne se sont pas totalement trompés !

Véronique Blin