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CARMEN À KHAYELITSHA (U-Carmen eKhayelitscha)
de Mark Dorford-May
Avec Pauline Malefane, Andile Tschoni, Lungelwa Blou, Zorro Sidloyi
Ours d'Or à la 55. Internationale Filmfestspiele Berlin
CARMEN À KHAYELITSHA, RÉCIPIENDAIRE DE LOURS DOR , NOUS RÉVÈLE UNE CARMEN AUTHENTIQUEMENT SUD-AFRICAINE, MAIS PARFAITEMENT EN LIGNE AVEC LE PERSONNAGE DE PROSPER MÉRIMÉE. FORMIDABLE !
| Imaginez le plus célèbre opéra français, transposé dans les bidonvilles du Cap, traduit dans une langue sud-africaine cliquetante, chanté par des interprètes amateurs et dirigé par un Sud-Africain inexpérimenté en matière de film. Farfelu, non ? Cest le pari qua remporté le réalisateur Mark Dornford-May et son exceptionnel ensemble de chanteurs, celui de rendre non seulement viable ce projet insensé (le mot est du réalisateur), mais den faire une uvre exceptionnelle de justesse et de sensualité. La Sud-Africaine Pauline Malifane, native des bidonvilles de Khayelitscha où le film est en partie tourné, nous révèle une Carmen grandiose, rutilante dune sensualité jubilante. Roulant des hanches telle une déesse et possédant un registre de voix alliant puissance et finesse, elle nous rend cette callipyge Carmen irrésistible. |
Mark Dornford-May |
Pauline Malefane |
« Jai voulu réaliser ce film, confie le réalisateur, non seulement parce que notre production théâtrale intiale (qui a tourné de Londres à New York) avait connu un grand succès, mais aussi parce que linterprétation de Pauline était unique et quelle devait être préservée. Elle sera probablement élevée au rang des plus grandes interprètes de Carmen de lHistoire. » |
| La Carmen de Dornford-May chante en langue Xhosa, très courante en Afrique du Sud, une langue mélodieuse ponctuée de petits clics, un peu comme le Bushman des "Dieux sont tombés sur la tête". « La nature de cette langue est fascinante avec ses claquements de langue, mais elle possède également de très longues voyelles», explique le réalisateur. «Elle se rapproche de litalien, ce qui la rend très facile à chanter. Notre équipe provient aussi en majorité de lEst du Cap, où cette langue domine. » |
Andile Tshoni |
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Cest Pauline Malifane elle-même, accompagnée de lune de ses comparses, qui a traduit le libretto de Bizet en langue Xhosa. Elle a également contribué à établir larrière-plan de lhistoire. La Carmen de Khayelitscha, aidée en cela par la brillante caméra de Giulli Batesca, est ainsi habilement revêtue aux couleurs de lAfrique : le flamenco se transforme en danses africaines, la partie de cartes devient une visite chez le sorcier, la corrida se métamorphose en un rituel de sacrifice et le toréador en célèbre chanteur dopéra, grand interprète de Carmen ! |
« Je crois que la méthode a été de faire entrer lAfrique du Sud dans Carmen», explique Dornford-May qui affirme avoir adapté le personnage à partir de la personnalité de son interprète. «Carmen a évolué à partir de ce que Pauline y a amené au fil des répétitions. Cétait un processus très organique.» Processus couronné de succès, malgré quelques faiblesses structurelles vers la fin et linterprétation plutôt anodine de Zorro Sidloyi en Escamillo. Reste que les spectateurs sont mis au défi de sortir de ce Carmen sans être convaincus que lÈve originelle venait du Cap. Et face à pareille tentatrice, le pauvre Adam navait aucune chance !
Anne Christine Loranger