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PEACOCK (KONG QUE) (Le paon)
De Gu Changwei
Avec Zhang Jingchu, Feng Li, Lu Yulai

Zhang Jingchu

Anyang, petite ville au nord de la province chinoise de Henang, fin des années 70. Vie modeste et pauvre d’une famille de trois enfants, dont les deux parents et la fille aînée, Weihong (remarquable Zhang Jingchu), travaillent à l’usine d’embouteillage locale. Le cadet, obèse et attardé mental, est un souci constant. Le dernier, studieux à l’école, observe l’évolution des siens avec inquiétude. Dans cet univers confiné, laborieux, il y a peu de place pour le rêve ; et pourtant…

Tandis que l’eau du thé siffle dans la bouilloire et que Weihong s’accorde un instant de répit à l’accordéon sur le balcon du logement familial, elle se prend à rêver d’une autre vie, de prendre l’air. Précisément, un peu plus tard, tandis qu’elle rentre à vélo de son travail, l’atterrissage superbe d’un groupe de jeunes filles parachutistes à l’entraînement militaire, lui donne l’espoir fou de s’enrôler dans l’Armée de l’Air… Mais elle ne sera pas retenue et devra se contenter, pour rêver quand-même, d’accrocher un parachute bleu à l’arrière de sa bicyclette et traverser, tout sourire et à tombeau ouvert, les rues de sa bourgade. Pour la plus grande joie des enfants et l’effarement de ses parents. Jolie corolle de lumière sur la grisaille de sa vie ; tel un paon majestueux, lorsqu’il fait la roue…

Feng li, Zhang Jingchu et Ly Yulai

Feng Li

Formidable Gu Changwei ! On ne peut oublier le génial chef opérateur qui, pendant près de vingt ans, a dirigé la photo de grands et purs moments de cinéma comme « Le sorgho rouge » de Zhang Yimou, « The Gingerbread Man » de Robert Altman, ou le somptueux « Adieu ma concubine » de Chen Kaige. Raison de plus pour regarder attentivement la manière dont il éclaire son premier film en tant que réalisateur, après quatre années d’arrêt total de tout ! Avec la complicité du jeune et talentueux Yang Shu, auquel il confie le rôle qu’il a tenu pendant si longtemps, il se lance dans la maîtrise d’œuvre avec une sensibilité peu commune.
. Car le sujet serait mince, sans sa « patte » subtile : l’histoire d’une famille pauvre dans une petite ville du nord de la Chine… Or, par une multitude de petits détails infimes, de regards croisés, de climats visibles et palpables, il installe une atmosphère très particulière, intense, à laquelle on s’attache infiniment.Et l’on aspire bientôt ardemment à ce que cette jeune fille s’en sorte, non par attendrissement ou sensiblerie, mais parce que, par la précision des traits du tableau qu’il nous donne à voir, il dresse le portrait d’une jeunesse chinoise en pleine mutation supposée, coincée entre un communisme moribond et une économie de marché ouverte, en principe, sur le monde.

Ly Yulai

Cette période de l’après-révolution culturelle de Mao fut la sienne. Lui aussi fils d’ouvrier, lui aussi ayant grandi dans une petite cité provinciale. Il nous restitue et nous offre, par le biais de la fiction, une fondamentale émotion. Comme un cadeau ; superbe cadeau.

Véronique Blin