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LENFANT, de Luc et Jean-Pierre Dardenne
Avec Jérémie Renier, Déborah François, Olivier Gourmet, Jérémie Segard
Scénario et dialogues : Jean-Pierre et Luc Dardenne
Photo : Alain Marcoen
Décors : Igor Gabriel
Montage : Marie-Hélène Dozo
Production : Les Films du Fleuve
Distribution : Diaphana

Jean-Pierre et Luc Dardenne
Palme dOr bis repetita
Il y eut Le Fils ; voici venir LEnfant. Longtemps avant, les duettistes belges sétaient lancés dans laventure du long métrage en prêtant le plus beau des serments : La Promesse, qui scellait les débuts dun cinéma différent ; le leur. Caméra à lépaule toujours - , au plus près des personnages - tout le temps -, les frères Dardenne parviennent, dans tous leurs films, à nous « montrer » les sentiments des gens, tant ils leur collent à la peau, à lhumeur, à la sueur, aux larmes, à la respiration. Cest donc invariablement hors dhaleine que lon quitte leurs projections, tant on a couru, avec eux, à « lintérieur » des histoires quils nous offrent.
Ainsi, les serrements de ventre, de cur et destomac sont une nouvelle fois incontournables ici : le jeune Jérémie Renier de La Promesse a grandi. Il a vingt ans, sappelle Bruno et vient dêtre papa dun petit Jimmy, conçu avec sa copine Sonia (époustouflante Déborah François). Les vaches sont très maigres ; les vols et trafics en tous genres compensent
Jusquau jour où Bruno entend parler de ventes de nouveaux-nés fort lucratives
Pourquoi bébé Jimmy narrondirait-il pas les fins de mois à venir ? Cest compter sans Sonia, qui a son mot à dire

Jérémie Régnier
Cet épuisement à la course au boulot pour Rosetta (première Palme des « Frères » en 99), à la vengeance pour Le Fils, à largent pour LEnfant nous oblige, finalement, à nous regarder nous-mêmes, de lintérieur : quaurais-je fait à sa place ? Pourquoi la vie est-elle si compliquée, si difficile ? Cette invitation au questionnement personnel a valeur, au bout du compte, de partage, voire de solidarité. A tant ressentir, souffrir, espérer, par personnes interposées ; à tant simmiscer, malgré nous, dans des histoires qui ne sont pas les nôtres, à priori, on finit par se les approprier.
Par le biais magistral de la caméra des Dardenne, si près des corps, si près des âmes, on se dit quaprès tout, cest vrai, nous sommes bien des humains. Avec nos faiblesses, nos atouts aussi, dans le désordre du monde, il est bon que des hommes, fussent-ils deux comme cet indispensable duo-là, nous redisent notre fait en nous le montrant, lobjectif braqué sur le tréfonds de nous-mêmes.
Véronique Blin