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8e Biennale des Cinémas Arabes

du 22 au 30 juillet 2006

INSTITUT DU MONDE ARABE (IMA) - PARIS

Le cinéma, une arme !?

« Que la paix soit avec toi» dit-on, quand on se rencontre en pays arabe…Ironiser sur cette formule ne serait pas de bon goût, mais c'est un fait que pendant tout le déroulement de cette 8e Biennale des cinémas arabes, les bombardements sur le sud liban et le nord d'Israël, ont continué de plus belle. Les civils de part et d'autre ne pouvaient plus dire que ces voeux de paix aient la moindre réalité.

Deux pétitions circulaient pendant cette semaine des cinémas arabes intenses : celle des cinéastes israéliens (Simone Bitton, nurith Aviv, Avi Mograbi, Eyal sivan et beaucoup d'autres) qui disaient Ô combien il est injuste de bombarder des populations civiles et de détruire les Infrastructures et qu'il est d'autant plus important de connaître les œuvres des uns et des autres qu'il est impératif que les cinématographies se rencontrent et créent de fait une amélioration des relations entre Israël et la Palestine, Israël et le Liban. les cinéastes arabes de leur côté, qu'ils fussent sélectionnés à la Biennale ou non, répondaient avec une autre pétition, initiée par les cinéastes libanais présents à Paris (Danièle Arbid, Joreige et Hadjithomas etc.) qui demandaient de concrétiser ce désir de soutien en se rendant massivement au festival de Beyrouth « Ayam Cinemai » prévu en septembre pour créer avec les films un rempart contre la barbarie. Montrons que nous sommes debout et décidés, disaient-ils en somme ! En attendant ils faisaient le relais entre Beyrouth, Gaza et Paris en créant des « spots, des cinétracts, de très courts films » que l'IMA présentait en début de séance avant chaque film. Projetés tel quel , la minute de silence comme le trajet d'un missile ou le travelling très moral sur une ville dévastée ou une femme passant à côté du mur qui se construit à Gaza…ces plans arrachés à un réel toujours plus meurtrier montraient le travail de mort à l'œuvre de part et d'autre. Filmant la réalité, ils projetaient l'actualité cruelle et transmettaient le vécu et le ressenti de la population. Le paysage de « guerre » est ainsi soumis a notre regard. Tous ces petits films à qui l'IMA donnait une tribune, s'inséraient parfaitement dans la sélection, pas seulement dans la programmation des documentaires, non, ils étaient en résonnance avec toute la sélection. même la fiction répondait à ce réel capté sur le vif : prenons reste tranquille, de Sameh Zouabi, (Palestine/France), Prix Ima du meilleur court métrage de fiction, qui relate ce qui arrive à un père et à son jeune fils à la frontière entre les territoires occupés et Jénine ; la pierre soulevée par l'enfant pourrait enclencher répression et tirs de mitraillette et même la mort des protagonistes… ; une fiction comme Ahlaam (Rêves) de Mohamed al Daradji (Irak/Royaume Uni), distingué par le prix Maroun Bagdadi ne cessait de nous donner des visions où le réel et le vécu se croisaient cruellement dans les corps et les esprits des protagonistes. Tourné en 2004-05 à Bagdad même, le contenu du Film s'inscrit parfaitement dans le Décor de Bagdad,aujourd'hui, une ville fantôme, où tireurs isolés et forces d'occupation s'affrontent sur le dos de la population. Le réalisateur se rappelait avoir découvert Beyrouth avec plaisir. Il disait qu'il espérait que Bagdad allait bientôt lui ressembler, alors que maintenant, à sa grande détresse, Beyrouth se rapproche de Bagdad...».Le court métrage de Nassim Amaouche Quelques miettes pour les oiseaux, (Prix TV 5 Monde) tourné sur la frontière jordanienne et irakienne, complète cet inventaire des ruines et proclame l'éthique du cinéaste qui vole des images vraies pour nous les proposer, en dépit des tentatives d'intimidation qui l'empêchent d'aller au bout de son projet. Retour au pays des merveilles de Mayson Pachachi suit les pas de son père retourné en Irak pour participer à la rédaction de la nouvelle constitution. Elle profite de la notoriété du père pour interroger un peu au hasard les amis et les gens rencontrés et livre ses impressions subjectives riches de la diversité des personnes impliquées dans le projet fragile d'un Irak de l'après Saddam qui se serait affranchi de la présence américaine.

Peu de films présentaient d'autres régions du monde arabe : Le temps des narcisses de Hussein Hasan Ali et de Massoud Arif Salih, un film kurde faisait courageusement l'analyse de la perte d'innocence quand les apprentis médecins, écrivains et poètes deviennent des guerriers d'une cause où tous leurs amis et compagnons de combat vont être sacrifiés un a un… Esthétiquement proche d'un cinéma célébrant paysages de rêve et pluies de pétales a la Paradjanov, le film méritait d'être distingué. l'acteur principal aurait sûrement apprécié le prix d'interprétation. Mais le jury préférait donner le grand prix et le prix d'interprétation masculine à un film égyptien à succès : L'immeuble Yacoubian de Marwan Hamed. Pourquoi ne pas avoir réservé le prix de la distribution à un film fauché de qualité comme Barakat de Djamilah Sahraoui, comment être passé à côté de l'interprétation de Fettouma Bouamari ? attendons la distribution de ce film algérien si nécessaire au débat citoyen sur L'Algérie.

Le jury documentaire accomplit, en revanche un parcours sans faute en consacrant Beyrouth :: vérités, mensonges et vidéos de Maï Masri (Palestine, Liban) un film qui accompagne des jeunes gens magnifiques décidés à créer un Liban où le fléau confessionnel serait enfin éliminé du pouvoir politique et une sorte de séparation de l'Etat et de l'église obtenue pour de bon. Ainsi une vie citoyenne s'organiserait en dehors de l'appartenance à un groupe religieux. Nés du soulèvement populaire sans précédent après l'assassinat de Rafik Hahiri, les conflits actuels semblent confirmer l'échec pour ces jeunes gens engagés dans ce mouvement. Nous aussi, on pleure l'apparente fin d'une lutte pour la démocratie au liban. A l'opposé de ce film documentaire se trouve Bosta (L'autobus) de Philippe Aractingi, une fiction qui assume pleinement sa loufoquerie. L'Autobus circule dans un Liban resplendissant de beauté…encore préservée. Bosta nous enchante par des danses virtuoses -Dabké- et les arrangements électroniques de ces pas traditionnels. Souhaitons à cette région du monde cette belle énergie que le film dégage, allié à l'émotion et à la réflexion qui caractériseNT Sous ce plafond-là de Nidal al-Dibs (Syrie), meilleur film de cette édition

Heike Hurst