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ASOBU (Jeu)
De et avec Josef NADJ

Hommage à Henri Michaux

Chorégraphie et scénographie de l'auteur

Avec Guillaume Bertrand, Istvan Bikei, Damien Fournier, Peter Gemza, Mathilde Lapostolle, Cécile Loyer, Nasser Martin-Gousset, Josef Nadj, Kathleen Reynolds, Gyork Szakonyi, Ikuyo Kuroda, Mineko Saito, Ikko Tamura, Pijin Neji, Tomoshi Shoioya, Yusuke Okuyama

Asobu (Photo Séverine Charrier)

« Asobu » signifie « jeu » en japonais. Auquel d'entre eux nous convie Nadj, ici ? A celui du langage, sans doute ; à celui de sa transcription visuelle, sûrement ; aux mille et une manières de rendre hommage à un maître, en tout cas.
Voilà longtemps déjà que Nadj est fasciné par Michaux. Le goût des voyages, mobiles ou immobiles, qui leur est commun, cette quête complice d'un « ailleurs » encore et toujours à inventer, la diversité des modes d'expression artistique qu'ils partagent, ont donné l'envie folle au chorégraphe d'embarquer pour cette « traversée » de l'œuvre.
« J'écris pour me parcourir », profère Henri Michaux dans Passages. « Peindre, composer, écrire : me parcourir. Là est l'aventure d'être en vie ». C'est ce même parcours que Nadj, à sa façon, nous invite à regarder. Sa façon ? Les images. Le visible, chez Josef, l'a toujours emporté sur le narratif. Raison pour laquelle il a « visiblement » privilégié son interprétation des dessins de l'auteur de la Fable des origines (l'un des tous premiers textes de Michaux), davantage que de ses écrits. En s'emparant de l'immense plateau nu de la Cour d'Honneur du Palais des Papes comme d'une palette de peintre, il y déploie les arabesques de ses peintures personnelles.

Asobu (Photo Séverine Charrier)

Avec la complicité des danseurs comédiens de sa Compagnie Batik, auxquels se sont adjoints, pour l'occasion, quatre acteurs japonais du théâtre Butô, et le soutien actif (de plus en plus présent) de ses musiciens préférés, il propose un éblouissant voyage au pays des corps et de la matière. Corps envolés ou enroulés sous des tables ; corps dérobés derrière des panneaux mobiles ; corps déployés telle une armée aux ordres ; corps explosés enfin, en taches sombres à contre-jour, bras et jambes multiples se découpant en ombres chinoises derrière un rideau blanc. Corps écartelés, mi-hommes, mi-bêtes, jungle anthropomorphe d'Henri Michaux, redessinée pour nous par Josef Nadj et ses animaux étranges. Le beau voyage.

Véronique Blin