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CONVERGENCE 1.0
De et par Adrien Mondot et Veronika Soboljevski (violoncelle)
Compagnie « adrien m »
En résidence au « Manège de Reims »Caserne des pompiers 18h30

Balles et Toile
Tout commence par des claques. Des « auto-claques », pourrait-on dire. Flagellation-punition d'un péché inconnu ? Ou bien tentative musclée de réveiller un jongleur rêveur endormi ? A la tête que fait Adrien Mondot lorsqu'il ouvre un œil et se gifle., on se sent presque coupable de troubler le sommeil d'un tel Pierrot lunaire. De là à lui souhaiter qu'il se rendorme…
Non, la position debout lui va bien, surtout lorsque, très vite, il enroule autour de son corps, de ses yeux, de ses coudes ou de ses orteils, une, puis deux, puis trois jolies balles blanches, qui lui glissent dessus comme un nouvel habit, faisant corps avec lui au sens propre du terme. Du coup, ce dernier se coule, se tend, se distend, en fonction des méandres, caprices et cabrioles des trois ronds lumineux, légers comme des plumes, qui glissent entre ses doigts.

Ombres et lumières. Voici qu'au fond de l'aire nait un archet, à peine éclairé. Au-dessus de lui, qui le tient par la main et lui donnant vie, une blonde jeune femme assise jaillit de l'obscurité, caressant le ventre épanoui d'un violoncelle. De là se construit une étrange complicité, entre l'homme et l'instrument, entre la femme et les volutes bondissantes des petites balles qui trouent l'espace. Partie prenante du spectacle bien davantage que simple accompagnement musical, les chaleureuses trilles que Veronika Soboljevski fait jaillir de son violoncelle sculptent l'espace de jeu où se meuvent, se roulent, s'enroulent et se déroulent Adrien et ses objets bientôt non identifiables, tant ils se confondent avec lui.
Les deux artistes ne s'en tiennent pas là : non content de se heurter sans cesse aux lois fondamentales de la pesanteur et de la gravité, Adrien Mondot les annulent en ayant recours à son génie de l'ordinateur. Initialement chercheur en informatique, il invente un programme qui supprime toutes les contraintes. Prenant alors le relais aérien des balles réelles qu'il tient dans ses mains, leurs petites sœurs virtuelles surgissent une à une, puis en grand nombre, sur l'écran transparent d'un « cyclo » en avant-scène.

« Qu'advient-il du jonglage lorsqu'on supprime l'objet ? », interroge Adrien. Un poème. Un éblouissant poème en images, images de rêve où tout se mélange et se confond, les balles blanches originelles devenant transparentes et légères telles les bulles de savon de ce jeu de gosses, que l'on faisait jaillir d'un petit cercle blanc, en soufflant dessus. Avec ce violoncelle qui s'affole en écho, ne sachant plus où donner de la voix au milieu de ce ballet fantastique entre rêve et réalité. Nous aussi, restons en suspens. On croit rêver. On rêve.
Véronique Blin