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PYGMALION
De George Bernard Shaw
Mise en scène de Christine Berg
Compagnie « ici et maintenant »

Avec Michel Boy, Loïc Brabant, Catherine Bussière, Mélanie Faye, Françoise Jimenez et Laurent Nouzille

Caserne des pompiers 15h

photo J. Philippot

Parois de métal. Grises, lisses, froides. Impersonnelles et rigides, elles forment bloc autour du propos : un pari. A la fois stupide et révélateur d'enjeux narcissique et misogyne, hélas valables de tous temps, celui lancé par le professeur de phonétique Henry Higgins à son ami le colonel Pickering (formidable Michel Boy), de transformer en six mois et en duchesse, la petite marchande de fleurs analphabète du coin de la rue, Liza Doolittle. Son outil : le langage. Sa méthode : l'humiliation. « La morale bourgeoise réclame sa victime ».

Comme à sa belle habitude, Christine Berg n'y va pas par quatre chemins. D'emblée, elle pose ses conditions, affirmant avec un superbe aplomb son interprétation de l'œuvre. A nous de jouer, ensuite. C'est ainsi que dès les premières scènes, le spectateur se heurte à un mur gigantesque, vertical et sans faille à l'avant de la scène, barrant l'espace, séparant résolument la « société bien-pensante », microcosme dominant, du monde de la rue, bouillonnant fouillis. Se protégeant de la pluie battante sous un minuscule auvent de fortune accroché au sommet de l'édifice lisse, à l'heure des sorties de bureaux, deux femmes guettent un taxi, un homme chic attend l'autobus, un autre, plus jeune, plutôt énervé, fait les cent pas et le rejoint ; ils se connaissent. Survient une jeune fille joyeuse, un panier de violettes au bras. Le jeune énervé la heurte, ne s'excuse pas, essuie une bordée d'insultes dans un langage pour le moins coloré… Piqué au vif, le jeune homme s'intéresse soudain . Une idée lui vient, il en parle à son ami. Les personnages sont là ; la pièce peut commencer et le mur initial, s'effacer. Faisant place à des parois plus ou moins mobiles, tout aussi rigides, entre lesquelles la petite marchande de fleurs va chercher son latin. Avant de décider de le perdre pour de bon… « J'ai pas b'soin d'prend' des cours chez les dingues ! ».

photo J. Philippot

Bien sûr, si elle avait eu un plus grand espace, donc plus de temps, donc plus de moyens, Christine Berg aurait fait littéralement exploser le mur du fond lors du départ définitif de Liza vers sa vraie vie. A l'instar d'un Matthias Langhoff et sa mise en scène de splendide mémoire de Mademoiselle Julie de Strinberg (l'explosion et l'éclatement étant deux des spécialités dudit Langhoff), Liza aurait pu s'envoler dans les cintres, laissant derrière elle le chaos… La directrice de la Compagnie « ici et maintenant » a choisi plus joli, plus subtil aussi : s'il existe bien une porte de sortie « normale » et donc conventionnelle, visible à jardin, pour son échappée belle, c'est un pan entier du mur du fond qui s'effondre à ses pieds, lui ouvrant ainsi le rectangle lumineux de sa propre brèche. Superbe brèche.

Véronique Blin