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59e Festival de Cannes

L'HEURE DU BILAN

Helena Bonham Carter, Zhang Ziyi, Wong Kar Wai, Monica Bellucci, Lucretia Martel

Le Président entouré des quatre femmes de son jury

Le vent se lève

Ainsi donc, c'est Ken Loach qui repart avec l'or. A croire qu'en douze jours, le Jury de Wong Kar Wai n'a connu aucune émotion supérieure à celle suscitée par Le vent se lève du fameux réalisateur britannique, grand habitué de la Croisette, dont le film ouvrait la compétition. D'un bout à l'autre du Festival, ce vent-là n'aura finalement soufflé que pour lui…

Il y en eut, pourtant, de beaux élans cinématographiques, de ces promenades jubilatoires, de ces serrements de cœur et autres pincements d'âme. Si l'on peut certes se réjouir que Loach soit enfin distingué, on peut néanmoins s'étonner qu'il décroche la récompense suprême pour ce film-là, plutôt que pour l'ensemble de son œuvre. Une Palme d'Honneur, en quelque sorte… Car à notre sens, Le vent se lève n'est ni son meilleur film, ni le plus méritant de cette 59e édition. Le plus inattendu, peut-être, de sa part.

La formidable Adriana Barraza errant dans le désert de Babel

Notre Palme à nous, ce fut Babel, d'Inarritu. Mais quitter Cannes avec le plus beau Prix dont puisse rêver un réalisateur, celui de la mise en scène, ce n'est tout de même pas mal… En le lui octroyant, le Jury a félicité un cinéaste hors du commun, a remarqué son travail, lui a apposé le sceau de la plus belle réussite de l'image, parmi toutes celles qui lui étaient proposées. Car le cinéma est aussi cet autre langage ; c'est sans nul doute le mexicain qui a le mieux parlé.

Carmen Maura et Penélope Cruz

dans Volver

La double brochette de femmes et d'hommes empochant, en choral, le Prix d'Interprétation, en a ému plus d'un, à fort juste titre. Car c'est ensemble que les femmes d'Almodovar font tant vibrer ses films, de même que c'est solidaires d'un même combat que les soldats de Bouchareb rendent Indigènes incontournable. En même temps, c'est un petit bout du Prix de la mise en scène qui rend hommage et revient, par le biais de leurs interprètes, à ces deux grands réalisateurs.

Roschdy Zem, Samy Naceri, Jamel Debbouze, Sami Bouajila

dans Indigènes

Un grand ouf de soulagement fut le nôtre de voir Marie-Antoinette absente du palmarès. Quand, jour après jour, dans les colonnes critiques, bon nombre de confrères lui accordaient la Palme d'emblée, on a eu très peur que cet effet d'annonce claironné n'influence les délibérations. Il n'en fut rien; tant mieux. En revanche, on est un peu tristes pour d'autres, qui n'y figurent pas non plus, qu'on aurait aimé y voir : nous reparlerons du superbe Palais d'été de lou Ye; du poignant thriller de Lucas Belvaux La raison du plus faible; de l'hypnotisant En avant, jeunesse ! de Pedro Costa; du fantastique Labyrinthe de Pan de Guillermo del Toro, ou du très étonnant Climats de Nuri Bilge Ceylan. Autant de voyages, enchanteurs ou terrifiants, qui nous ont vrillé les pupilles.

Le gardien du Labyrinthe de Pan

Volver, en espagnol, signifie revenir. Reviens, Pedro ! Si les jurés cannois savent si bien reconnaître le talent d'écrivain d'Almodovar (Prix du scénario), si bien aimer, par son biais, les femmes qu'il aime (Prix d'Interprétation Féminine), peut-être qu'un jour, enfin, ils sauront déposer à ses pieds la Palme suprême, consacrant pour de bon ce qu'il est avant tout : un formidable cinéaste.

Reviens, Pedro ! On t'attend !

Véronique Blin