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59e Festival de Cannes

LE VENT SE LEVE
(THE WIND THAT SHAKES THE BARLEY)
de Ken Loach
Avec Cillian Murphy, Padraic Delaney, Liam Cunningham, Orla Fitzgerald

Le souffle de la tempête

Cillian Murphy et Padraic Delaney

Rien ne ressemble plus à une batte de hockey pour jouer qu'une crosse de fusil pour tuer… C'est le sport qui, à l'origine, réunit les hommes des environs de Cork, petite ville d'Irlande du sud. Deux heures plus tard, les balles auront pris la place des palets… Et le frère d'hier, devenu l'ennemi juré…

De 1920 à 23, Ken Loach relate avec sa sensibilité désormais légendaire les affrontements fratricides qui opposèrent les irlandais, défenseurs acharnés de leur terre, de leur autonomie, aux anglais chargés de les ramener sous la coupe de l'autorité britannique, le grand Royaume Uni.

Comme à son habitude, sans que l'on ne sache jamais comment il s'y prend, Loach fait appel à des inconnus géniaux pour camper les personnages de ses films. Ici, le débutant Cillian Murphy incarne à merveille ce jeune Damien qui abandonne sa naissante et prometteuse carrière de médecin, pour rejoindre son frère et ses amis dans la lutte sans merci contre ceux qu'ils considèrent comme des envahisseurs.

Une fois de plus, le réalisateur écossais ne prend pas parti. Caméra au poing, lui plus accoutumé à décrypter des schémas sociaux difficiles (chômage, perte de repères , d'identités…), s'attache avec Le vent se lève, à se faire le témoin d'une page d'Histoire, qu'il tourne à plans comptés, serrés, voire parfois même elliptiques, sans jamais sacrifier au moindre voyeurisme, ni avoir recours au moindre « effet ».

Le résultat est poignant, prenant, prégnant. Car même si cette lutte pour la dignité d'un peuple est indéniablement datée, elle éveille nos regards et résonne à nos oreilles de manière, hélas, bien contemporaine… L'Homme serait-il à ce point incapable de progrès, pour réitérer à l'infini les erreurs du passé ?
Ce n'est pourtant pas Ken Loach, le donneur de leçons ; ce ne sera jamais son « truc ». Mais en voyant son film, on en prend une belle.

Véronique Blin