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59e Festival de Cannes

SUMMER PALACE
(PALAIS D'ETE)
de Lou Ye
Avec Lei Hao, Xiaodong Guo, Lingling Hu, Xianmin
Zhang

Un été meurtrier

Lei Hao et Xiaodong Guo

C'est l'ambiance, qui frappe ici. Atmosphère lourde de menaces, envie de fuir, de respirer. Et pourtant, la note d'entrée semble légère, voire anodine, presque désuète : un jeune facteur délivre son courrier. A la fin de sa tournée, pause déjeuner dans le restaurant familial . Dans sa sacoche, une lettre pour sa petite amie, admise à l'université de Pékin…

Fossé qui se creuse, très vite, entre ce travailleur manuel non gradé et cette brillante étudiante en herbe. Séparation douloureuse près de la frontière sino-coréenne ; promesse de se revoir… Puis engloutissement dans la grande ville, ses règles, ses lois, sa soumission totale au regard appuyé de Mao, dont le portrait géant s'étale au fronton de la Cité Interdite. Amitiés de fac, cœur de la belle bientôt pris par un autre. Nous sommes à Pékin en 1989, l'année de la révolte estudiantine, affamée de liberté. Là-bas au nord, dans la bourgade originelle, le facteur attend…

Prendre pour socle artistique la métaphore de la secousse sismique équivalente entre deux amants effrénés qui se nourrissent des explosions du corps et une rage étudiante impatiente de mettre un terme aux ordres reçus, prouve un joli culot. Lou Ye creuse ce périlleux sillon avec une maîtrise magistrale. Loin d'un dogmatisme que l'on était en droit de craindre - sa jeunesse pouvant excuser des certitudes trop nettes - il semble survoler son thème avec une légèreté d'oiseau. Avec lui, on s'envole dans les arcanes subtils du désir amoureux, de celui, plus charnel, de l'extase des corps. Tout comme on prend d'assaut les camions de la révolte, fonçant, bannière au vent, sur la Place Tiananmen, hurler l'envie de démocratie.

Admirablement servi par de jeunes acteurs magnifiques, Lou Ye explore l'histoire chinoise avec une remarquable tenue. Dans son Palais d'Eté, on avait tous vingt ans !

Véronique Blin