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59e Festival de Cannes

PARIS, JE T'AIME

Œuvre collective par 20 réalisateurs du monde entier

Sur le thème de l'amour

Juliette Binoche et Gena Rowland

Ce devait être un film continu, tourné à quarante yeux, au cœur des vingt arrondissements de Paris, sur le thème de l'amour, sous toutes ses formes. Au final, c'est un film à sketches, sans aucun lien entre eux, tourné dans dix-huit « quartiers » emblématiques de la capitale.

Une désagréable sensation d'étouffe-chrétien vous saisit assez vite à la gorge, tant ce mix brouillon et disparate, sans construction visible, semble n'avoir pour but unique que de mettre en scène des acteurs de renom, dans des situations qui semblent la plupart du temps leur échapper. On a un peu l'impression d'assister à une compétition de courts-métrages d'auteurs prestigieux, s'offrant chacun quelques minutes de plaisir, sans jamais atteindre le nôtre. Du coup, si l'élégance est certes là, l'ennui s'installe aussi.

Steve Buscemi

Pourtant, ce ne sont pas les bons acteurs qui manquent, dans cet étalage de haute qualité. Mais trop peu d'entre eux « habitent » leur rôle, font vibrer nos émotions, si prêtes cependant à se lâcher. Beaucoup ont même l'air de s'ennuyer ferme. De Nick Nolte en papa honteux à Bob Hoskins en amoureux éconduit ; de Fanny Ardant en entraîneuse à Pigalle à Yolande Moreau en paumée de service, nul ne semble savoir vraiment ce qu'on attend de lui et, partant, se sait trop qu'offrir. Dommage, car il y avait là, certainement, l'occasion rêvée d'un festival de talents successifs, enroulés dans un ballet capital. En lieu et place de ce bonheur promis, espéré, attendu, une addition laborieuse de « morceaux choisis », on ne sait trop par qui…

Juliette Binoche

Obligés de faire des choix, par ce morcellement imposé totalement aléatoire, sortons tout de même trois fleurons de ce florilège très discutable : les frères Coen plantant leur caméra à la station de métro « Tuileries », nous offrent un très réjouissant duel de quai à quai entre Steve Buscemi en touriste halluciné et un couple en pleine dispute amoureuse, à mourir de rire. Notre belle Juliette Binoche défigurée par le chagrin après la disparition de son petit garçon, réconfortée en rêve par le chevalier Bayard, alias Willem Dafoe, venant à bride abattue sur son destrier, lui restituer l'enfant, un instant, sur la « Place des Victoires » de Nobuiro Suwa, nous tire enfin des larmes. Et puis ce petit bijou de dialogues et de jeu des deux géants de Cassavetes, Gena Rowlands et Ben Gazzara, dans un duo suave de réconciliation/séduction, qui nous sauve, au final, de l'endormissement qui guette…

Ben Gazzara, Gérard Depardieu et Gena Rowland

Le comble, si l'on peut dire, est bien ce constat : même Paris, la si belle ville, sensée être à l'honneur ici, n'y retrouve pas ses marques ; c'est vous dire !

Véronique Blin