59e Festival de Cannes

Véronique, notre rédactrice en chef se met en "marches"
pour vous accueillir au 59 éme Festival
Présentation
Alors, évidemment, Cannes se devait d'accueillir Da Vinci Code de Ron Howard… En lui faisant de surcroît la part belle, puisque sa 59e édition sera placée sous son sceau, en ouverture somptueuse de sa célébrissime « montée des marches »… On peut seulement être en droit de s'étonner qu'au moment précis où il renouait (enfin !) avec la qualité d'une sélection davantage axée sur les « auteurs » que sur les effets paillettes, le plus grand rendez-vous cinématographique du monde sacrifie à l'air du temps, à la mode, au poids médiatique du passage à l'écran d'un best-seller planétaire, lui qui nous avait (ré) habitués à n'en avoir cure…
Certes, si beaucoup ont lu le livre éponyme de Dan Brown, nul n'a encore vu le film et ce ne sont sûrement pas les 36 minutes projetées en archi-secret, cartons d'invitation obligatoires et quasi fouille au corps à l'entrée du Louvre début mars, qui peuvent ouvrir le droit à la moindre critique sur une œuvre de deux heures trente...
Il n'empêche, par la volonté conjointe des deux sélectionneurs en chef que sont Gilles Jacob et Thierry Frémeaux, de démarrer en fanfare « américano-grosse-prod' » la sacro-sainte fête annuelle du grand écran, la première montée des marches de mercredi risque fort de ressembler à l'arrivée d'un bulldozer ! Si seulement il pouvait en profiter pour raser le fameux « bunker » !
Mais revenons au cinéma : à en juger par la liste des films retenus, tant dans la compétition que dans la section « Un Certain Regard », si le cru 2005 a été marqué par la paternité, celui-ci s'annonce tourné vers la jeunesse. Celle de bon nombre de cinéastes comme celle des histoires et des personnages qu'ils mettent en scène.
Wong Kar-Wai le sait bien, Président du Jury 2006 qui, entouré entre autres de Monica Bellucci, Samuel L. Jackson, Tim Roth ou sa sublime compatriote Zhang Ziyi, va devoir à son tour juger ses confrères : lorsqu'il débarqua en 89 sur la Croisette pour présenter son premier film, As tears go by, il n'avait pas 30 ans. Aujourd'hui, il en a 47, avec en poche le Prix de la Mise en Scène (la plus belle récompense cannoise pour un réalisateur), remporté l'année dernière pour son fascinant 2046. Entre-temps, il avait raflé deux autres Prix : en 97 pour Happy together et en 2000 pour son merveilleux In the mood for love, qui ravit tous les coeurs et dont 2046 n'est autre que l'éblouissant remix. La jeunesse, il connaît, lui qui fait si souvent appel à son acteur fétiche, l'étonnant Tony Leung. Nul doute que, dans ses choix, il privilégiera les "films d'auteurs".
Très attendus pour la course à la Palme, le forcément génial nouvel opus d'Almodovar Volver, l'épatant duo Kirsten Dunst/Sofia Coppola pour Marie-Antoinette ; le sûrement sulfureux film politique de Nanni Moretti Le caïman ; Le vent se lève de Ken Loach ; Selon Charlie, de notre chère Nicole Garcia ; La raison du plus faible du belge Lucas Belvaux ; le grand retour à l'écran de Gérard Depardieu en chanteur de bal dans Quand j'étais chanteur de notre national et jeune Xavier Cianolli ; ou encore Indigènes de Rachid Bouchareb, film franco-algéro-marocain avec le trio infernal Jamel Debbouze, Samy Naceri et Roschdy Zem.
Hors compétition, outre le Da Vinci Code d'entrée, on notera surtout deux films évènement : le déjà renommé avant l'heure Zidane, un portrait du XXIe siècle, documentaire de Philippe Parreno et Douglas Gordon sur le grand footballeur français et Transylvania de Tony Gatlif, qui fera la clôture du Festival.

Dans la section « Un Certain Regard », enfant chéri des sélectionneurs, boîte à images « à part », coups de coeur secrets, on retiendra en tout cas le curieux objet projeté en ouverture : Paris, je t'aime, ode amoureuse composée à vingt regards de cinéastes du monde, pour les vingt arrondissements de la capitale. Avec, entre autres, Juliette Binoche, Bob Hoskins, Fanny Ardant, Sergio Castellitto... Joli programme...
A l'autre bout de la Croisette, dans l'ancien Palais du même nom, devenu au fil des ans le fief de « La Quinzaine des Réalisateurs », allons découvrir le premier essai de Melvil Poupaud en tant que réalisateur, tout simplement appelé par son nom, Melvil. On y verra aussi Bug, de l'américain William Friedkin ; le dessin animé français de Michel Ocelot, Azur et Asmar ; Congorama de Philippe Falardeau ; Ca brule de Claire Simon ; Changement d'adresse, d'Emmanuel Mouret, ou encore The host de Bony Joonho (Corée du sud).
Quant à « La Semaine de la Critique », les journalistes qui l'organisent présenteront notamment Les amitiés maléfiques d'Emmanuel Bourdieu ; Komma de la Belge Martine Doyen ; Free Jimmy du Britannique Christopher Nielsen, ou encore Pingpong de l'Allemand Matthias Luthardt.
La jeunesse du cinéma, ce sont aussi les courts-métrages, ce premier pas vers le grand écran. N'oublions pas la Cinéfondation, qui chaque année défend les couleurs de cinéastes en herbe avec débats, rencontres, échanges. Certains sont en compétition, d'autres pas, mais il y a là, n'en doutons pas, le creuset du cinéma de demain. Cela aussi, c'est la jeunesse.
Véronique Blin
