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49e Festival International du cinéma documentaire et d'animation (Internationales Leipziger Festival für Dokumentar-und Animationsfilm)

Leipzig (30/09-6/10. 2006)

Le Jury

Coup de chapeau au DOK Leipzig !

Ce Festival est le plus ancien d'Europe et du monde consacré aux documentaires et à l'animation : Il a encore une fois surpris par son esprit inventif et innovateur. Logo simplifié en 2005 (DOK Leipzig, accompagné par une colombe blanche à la queue noire, un peu rétrécie, un peu à l'écart, tout comme la paix dans le monde) et instauration d'un marché, où acheteurs, vendeurs et toute personne accréditée pouvait consulter gratuitement les films sélectionnés comme les films visionnés pour l'année en cours. Un catalogue a été édité à un prix modique pour avoir le répertoire complet des films visibles. En 2006 le festival passait au tout digital :grande innovation technique, adapté aux exigences d'un marché de ce genre par de jeunes ingénieurs informaticiens au génie bricoleur. Le DOK MARKT DIGITAL a tenu ses promesses. Fini l'emprunt des cassettes, de DVD, parfois impossibles à décoder. En inscrivant le titre d'un film et en cliquant, on pouvait consulter l'ensemble des films sélectionnés et non sélectionnés. On ne pouvait pas seulement voir le film à l'écran avec des variantes agréables (petite fenêtre ou écran 'total'), il était possible de consulter immédiatement en bas de l'écran les coordonnées des réalisateurs, producteurs, scénaristes, compositeurs, bref, des différents 'acteurs' de la production d'une œuvre et noter les mails. On pouvait aussi entrer directement en relation avec eux, réserver une copie, négocier ou amorcer une vente, un achat ou que sais-je, en tout cas manifester l'intérêt pour le documentaire ou l'animation de votre choix…

On vous conseillait aussi de prendre des notes, d'écrire une appréciation de ce que vous aviez vu, condition pour quitter le film affiché et d'en appeler un autre sur le petit écran. Cette innovation a été capitale pour marquer la singularité du Dok Leipzig et constitue une avancée originale dans l'appréciation des phénomènes de marché et de création. Car comment réussir l'équation du : de moins en moins de cases documentaires à la télé et de plus en plus de succès singuliers pour des films singuliers au cinéma ? Exemple Le grand Silence (Die grosse Stille) documentaire de Philip Gröning sur les Chartreux.

Leipzig s'inscrit lucidement dans cette démarche du combat à mener pour diffuser davantage les documentaires de création et de recherche. Et même si la révolution numérique est en marche, il faut aussi penser à la survie économique du festival, soutenu certes par la région, la ville et d'autres instances, mais il faut que des sous arrivent d'une façon ou d'une autre. Donc, une fois que vous avez relevé l'ensemble des contacts pris, enregistré les coordonnées et constitué un répertoire des films visionnés, vous pouviez obtenir pour un prix modique que le tout soit transféré sur votre ordinateur ! Le succès de cette initiative (DOK DIGITAL MARKT) est à mettre au crédit de la nouvelle équipe du festival. Elle a été drastiquement rajeunie et s'est engagée à nous présenter des films inédits d'une grande diversité et d'une multitude de pays, alors que le point d'ancrage du festival était plutôt à l'Est. Engagé dans la révolution numérique, nous souhaitons longue vie à Leipzig.

En 2006 le Festival posait la question, «Can we trust the pictures ? ». Un montage très habile de trois images fixes suggérait un lien avec les attentats du 11 Septembre. Et tout le monde tombait dans le panneau : Car les extraits : image No 1 : des gens regardent en haut ; image No 2 :un avion dans un ciel bleu ; image No 3 :un panier éventré, créaient des associations qui nous faisaient voir les « Twin Towers » en flammes, alors qu'il n'y avait rien d'autre à voir que ces trois images-là. Le public de Leipzig, réceptif à toute proposition nouvelle, a essayé de regarder sans conclusion hâtive, à déjouer les pièges des images et à faire de cette interrogation un jeu ludique, alors que les films programmés ne se prêtaient que rarement à ce genre de joyeuses investigations. Prenons le générique de The Cemetery Club où Tali Shemesh livre bataille avec sa grand'mère, si ce titre est recevable ou non. Le film-portrait de cette grand'mère pas commode, à la fois têtue et violente est vraiment fort, parce qu'il nous fait comprendre tout comme dans Choice et destiny de Tsipi Reibenbach la complexité de la vie des survivants de la Shoah. Et en quoi leur silence plombe à jamais la vie de leurs enfants. Rendre la singularité à ces personnes, impliquées malgré eux dans la plus grande catastrophe du siècle, c'est apporter le fameux petit caillou personnel contre l'oubli.

Ce film s'est partagé le grand prix ex-aequo avec Exile Family Movie, réalisé par Arash, Autriche. Les 24 membres de sa famille ont été dispersés aux quatre vents et organisent un faux pèlerinage dans un pays du Golf et des rencontres plus ou moins clandestines dans le même hôtel pour tous. C'est un film chaleureux, simple qui émeut jusqu'aux larmes. Pourquoi ? Encore une fois l'amour d'un fils réalise cette prouesse d'enquêter à la fois sur l'exil de son père, emprisonné en Iran parce qu'il avait lu un livre interdit. Grâce à sa caméra DV, il fait communiquer tout le monde. Arash arrive à remonter du privé, du personnel et de l'intime à une situation générale, universelle de la persécution (censure et torture) et du non respect de la personne humaine. Les choix de vie très différents de cette famille nous apportent des précisions sur la résistance insoupçonnée des hommes à l'embrigadement.

Ce problème-là, recueillir le témoignage d'une seule personne, n'etait plus le problème de Karin Jurschik, auteur de Danach hätte es schön sein können (En fait, ça aurait pu être bien…) où elle engage encore une conversation avec son père pour percer le secret du suicide de sa mère. Dans Nicht mehr, (Plus jamais) distingué à Leipzig, elle témoigne, froidement, de la mort de son père qu'elle filme vieux et malade, puis étendu sur son lit de mort. Elle montre, en nous épargnant aucun détail, comme son corps est préparé, filme . les gestes précis des employés des pompes funèbres. La pièce vide, une fois balayée, dit long, de ce qui reste, objectivement, de la vie active d'un homme. Ce film court fut le seul film vraiment radical de cette programmation. Il n'y a pas de règle pour faire le travail de deuil.

Heddy Honigmann, cinéaste néerlandaise fidèle à son programme : « ce n'est pas la perfection technique qui compte mais la perfection émotionnelle… » proposait sur le même thème de l'éphémère et de l'éternel, une réflexion sur le cimetière du Père Lachaise : Forever. Elle déniche des illuminés, des amateurs de poésie et des lecteurs de Proust. A leur exemple, notre perception de l'éternité impossible, est modifié. La pianiste fidèle à la tombe de Chopin révèle son histoire très personnelle avec le compositeur. Nous sommes propulsés dans l'imaginaire de tous ces gens présents dans les cimetières pour des raisons différentes. Et nous apprenons que la seule voie royale vers l'éternité est la création. De cela nous pouvons profiter tous pour rendre la vie plus poétique et plus riche.

Heike Hurst