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61 e Festival d'Avignon

6-27 juillet 2007

L'absolue nécessité du débat public

De par l'indiscutable loi mathématique des intervalles, c'est cette année (et non l'année dernière), que l'on souffle les 60 (premières !) bougies du plus grand Festival de Théâtre du monde.

Depuis son origine (1947), n'en déplaise aux nostalgiques fondamentalistes de l'événement - qui nomment aujourd'hui « laisser-aller », « n'importe quoi », « hystérie esthétisante », ce qui, d'année en année, n'est que l'exact reflet d'une société humaine en mouvement -, Avignon a toujours été le témoin de son temps. Jean Vilar lui-même, son fondateur, rua déjà dans les brancards d'une Culture quasi assermentée, convenue, aseptisée, en jetant sur le sol vénéré de la Cour d'Honneur, lieu sacré, les premiers pavés d'une rébellion salutaire.
Au fil du temps, cette exigence initiale ne s'est jamais démentie, bien au contraire. Contre vents et marées (annulation en 2003, véritable rupture en 2005, après les querelles intestines des années cinquante et soixante…) (1), le rendez-vous estival du Vaucluse reste le fief incontestable du débat public mondial sur le rôle de l'artiste et du spectateur, citoyens de nos sociétés modernes.

Hortense Archambault

Photo Christophe Raynaud de Lage

Vincent Baudriller

Photo Ilka Kramer

Frédéric Fisbach

Photo Christophe Raynaud de Lage

Désormais placé, pour la troisième année consécutive, sous l'égide d'un « artiste associé » (vocable instauré par Vincent Baudriller et Hortense Archambault, lors de leur nomination à la tête du navire avignonnais), le Festival poursuit son exploration attentive des regards et désirs particuliers d'artistes d'aujourd'hui. Cette année, le parcours est fléché par Frédéric Fisbach, qui rend un vibrant hommage au grand poète « local » René Char : en présentant les 237 fragments de ses Feuillets d'Hypnos dans la Cour d'Honneur du Palais des Papes, nul doute que Fisbach va réveiller pour nous le très regretté homme soleil de l'Isle-sur-la-Sorgue.

Non content de faire chanter notre sud français, l' « associé » nous emmène en Asie, fasciné qu'il est par les marionnettistes japonais du Théâtre Youkiza de Tokyo. Avec eux et les membres de sa Compagnie, il fera entendre Les Paravents de Jean Genet au Théâtre Municipal.

Les paravents de Jean Genet

Photo Christophe Raynaud de Lage

Autres points forts très attendus du Festival : le fou des mots Valère Novarina et son Acte Inconnu à la Cour ; le Richard III mis en scène par Ludovic Lagarde au Cloître des Carmes ; L'Echange de Claudel, vu par Julie Brochen dans celui des Célestins ; le sublime dernier opus d'Ariane Mnouchkine et son Théâtre du Soleil Les Ephémères .

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Les Ephémères par le Théâtre du Soleil

Photo Michèle Laurent

Sans oublier la nouvelle facétie vidéo-acoustique de Christophe Fiat, La jeune fille à la bombe , ou encore, en fin de partie, pour clore la Cour, le Roi Lear proposé par Jean-François Sivadier.
D'autres surprises, d'autres bonheurs, d'autres déconvenues ; autant d'occasions de rendre à Avignon ce qui lui appartient en propre : en ouvrant grandes ses portes à toute forme d'art (théâtre, danse, musique, cirque, cinéma, peinture, lectures…) et en déliant les langues et les esprits, de la polémique à l'outrage, de l'enthousiasme à la passion, le Festival est le chantre planétaire du spectacle vivant.

Côté Off, 892 spectacles, qui dit mieux !?! Avant de passer la fatidique barre des 1000, dans un avenir plus ou moins proche..., quelques vives et chaleureuses recommandations, tout de même. A commencer par l'intégralité de la programmation annuelle de la Région Champagne-Ardennes (la plus importante de France en nombre de Compagnies, avec six spectacles à l'affiche, notamment la suite du travail de Clara Cornil "Portraits intérieurs" , ou encore "l'Arche de Noé" , par la Cie de La Boîte Noire), qui plante chaque été ses tréteaux à la "Caserne des pompiers". Un régal de diversité, de créativité et d'humour. Allez aussi rencontrer le conteur Abbi Patrix, qui vient nous enchanter de son verbe magique en ouvrant grandes Les Portes de "la Manufacture". Enfin, laissez-vous guider par votre appétit personnel pour déguster les "fondamentaux" de votre choix, qui reviennent chaque année, ou découvrir de nouvelles "spécialités", plus ou moins succulentes. C'est celà aussi, Avignon Off : pouvoir choisir son menu, à satiété !

Véronique Blin

(1) - Lire absolument « Histoire du Festival festival d'Avignon » d'Antoine de Baecque et Emmanuelle Loyer, chez Gallimard, ainsi que les savoureux (et parfois sulfureux) souvenirs de Bernard Faivre d'Arcier « Avignon vue du pont : 60 ans de festival », chez Actes Sud.