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LA MÔME, d'Olivier Dahan

Avec Marion Cotillard, Sylvie Testud, Pascal Greggory, Emmanuelle Seigner, Jean-Paul Rouve, Gérard Depardieu, Clotilde Courau, Jean-Pierre Martins, Catherine Allégret,Marc Babe.

Sortie 14 Février 2007

Marion Cotillard

Petite fille, aveugle, au cimetière de Lisieux, Edith avait supplié Sainte Thérèse de lui rendre la vue et de la « ressusciter » à la vie. Marion Cotillard l'a fait : elle « est » Edith Piaf.

Parmi ceux qui, comme moi, eurent la chance d'assister à son ultime concert à l'Olympia, en 1963, nul, je pense, ne pouvait ignorer que derrière la fragile apparence de cette icône en petite robe noire, se cachait une énergie hors du commun. Elle brûla sa vie toute entière du même feu que les planches du monde qui, sous ses pas, s'embrasaient de mille flammes. Comment, en effet, ne pas céder à la tentation du lyrisme le plus absolu pour évoquer ce petit bout de bonne femme incroyable, mordant la vie à pleines dents, jamais rassasiée, toujours en demande ?C'est bien à ce voyage au pays d'Edith que nous convient Olivier Dahan et sa bande . Des trottoirs de Belleville où elle grandit parmi les putains, à New-York, où elle connut la gloire ; d'une enfance misérable et crasseuse aux ors des palaces américains ; de la maladie à la maladie, constante de toute sa vie, trop souvent soulagée par les mirages de la drogue, mais qui finira pourtant par gagner, vidant peu à peu l'artiste de sa substance même, le réalisateur et scénariste de La Môme entraîne Marion Cotillard dans sa ronde étourdissante.

Mais comment la chanteuse fit-elle pour conserver ce « coffre », la puissance de sa voix, indestructibles, en dépit d'une santé déplorable ? Mystère…

Elle s'en donne à coeur joie, s'y donne à corps perdu, la jeune Marion, pour nous restituer, comme intacte, l'immense petite dame. De l'innocence la plus candide aux métamorphoses les plus spectaculaires ; des bonheurs les plus incandescents au désespoir le plus profond, elle nous donne, par son jeu, l'éclatante et bouleversante preuve des raisons pour lesquelles « la Piaf » ne put vivre au-delà de quarante-sept ans...Autour d'elle, qui illumine l'écran, tous sont formidables : Emmanuelle Seigner en touchante Titine, prostituée au grand cœur qui s'attacha (trop ?) à la petite Edith malade, confiée par son père Jean-Paul Rouve aux « bons soins » de « Madame » Catherine Allégret, tenancière de bordel ; Sylvie Testud, inoubliable Momone, son amie, sa sœur, sa confidente, son alter ego ; l'irruption courte mais gigantesque de Gérard Depardieu en « papa Leplée », son mentor initial ; fantastique Pascal Greggory, suiveur de l'ombre collé à chacun de ses pas ; Clotilde Courau en mère abandonneuse, elle-même chanteuse de rues ; le très émouvant Jean-Pierre Martins, qui campe Marcel Cerdan, le grand amour de sa vie. Avec eux, qui l'aimèrent tant, on se prend à aimer à la folie ce « moineau » de Paris.

Jean-Paul Rouve

Olivier Dahan est très jeune ; Marion Cotillard aussi. Ils n'ont pas connu Piaf. Et pourtant, par le soin extrême avec lequel ils ont approché cette grande dame de la chanson française ; par la foule de détails, d'anecdotes, de moments intimes, de souvenirs, de témoignages dont le film est émaillé ; par les cinq heures de maquillage et de coiffure quotidiennes auxquelles Marion s'est prêtée (bravo les dix artistes !), disons-le tout net : oui, Sainte Thérèse a écouté la petite Edith venue se recueillir sur sa tombe, les yeux bandés ; Piaf est ressuscitée.

Véronique Blin