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Festival international du court-métrage de Dresde Allemagne
17-22 avril 2007
Les amoureux du cinéma, ils sont là !
Oubliez Cannes. Oubliez Berlin (et pourtant!) Oubliez, dans une certaine mesure, les longs-métrages. Les vrais artistes du cinéma, les passionnés, les mordus, ceux qui font avancer le cinéma, c'est autour des courts-métrages que vous les trouverez. En visitant le Festival du Film International de Dresde, qui se déroulait du 17 au 22 avril, Intercineth a rencontré des êtres passionnés qui font du cinéma comme on ne le fait plus : par amour.
L'Allemagne de l'Est a une longue tradition de court. Avant l'ère de la pub, tous les longs-métrages en salles étaient précédés d'un court. Cet héritage a marqué le Filmfest Dresden : non seulement le niveau de compétition y est très élevé, mais le public s'y connaît. «J'ai été très étonné de la qualité du public, exprime Bertrand Weissgerber, jeune cinéaste du Québec venu présenter son film Souviens-toi de m'aimer dans le cadre du programme spécial consacré aux courts-métrages québécois. « Les gens sont venus me poser des questions très précises à propos de mon film. Ils ont un vrai regard et une grande culture cinématographique. On ne leur passe pas n'importe quoi ! C'est très stimulant.»
Le programme, très chargé (300 films venus des cinq continents), comportait cette année deux compétitions officielles, aux niveaux international et national, des programmes de courts métrages déjà couronnés (Short matters I et II, Vox populi), des rétrospectives (Tarkowski's legacy sur le cinéma israélien, Fresh food from the deep freeze sur le cinéma publicitaire en RDA, Nukufilm sur les 50 ans du cinéma estonien, etc.) et toute une série de programmes spéciaux, certains récurrents (British Focus, Having soul, Blutjung, Nordic Combination) et d'autres non (Parlez-vous québécois). La statue dorée du roi saxon Auguste le Fort, qui a inspiré le trophée du Cavalier d'or remis aux lauréats, brillait de tous ses feux en cette semaine de printemps. Dresde éclatait en fleurs et en fontaines et le soleil était au rendez-vous. Un petit vent très frais a poussé un nombreux public en salles et forcé les contacts entre créateurs et visiteurs au sein de cette ambiance à la fois intelligente et décontractée dont les saxons ont le secret.
Un thème récurrent dans ce festival : celui de l'amour et de la sexualité à l'âge mûr (A moment de Valeria Ruiz (Pérou), Dad de Daniel Mulloy (Royaume-Uni), Envejece conmigo d'Alberto Moreno (Espagne) , Les Eaux mortes de Guy Édoin (Québec) et quelques autres) nous ont offert de grands moments de tendresse impudique mais aussi de souffrance, celle liée à la perte du compagnon d'existence. De nombreuses rencontres avec des cinéastes venus du monde entier ont permis de fructueux échanges. Notons, en passant, celles avec Valéria Ruiz, Barney Elliot et surtout avec le mexicain Miguel Anaya, qui a passé dix ans de sa vie à monter son film d'animation De la vista nace el amor (De la vue naquit l'amour).
Le Filmfest Dresden célébrera son vingtième anniversaire en 2008. Les cinéphiles devraient songer à y effectuer une petite visite : les amoureux du cinéma, ils sont là !

Parlez-vous québécois ?
Cette année, le Filmfest Dresden a mis le cap sur les courts-métrages du Québec, avec un programme double qui a permis d'apprécier des fictions de jeunes réalisateurs du Québec ainsi que, dans un second temps, certains des meilleurs courts-métrages d'animation sortis des bureaux prolifiques de l'Office national d'animation (ONF) depuis les cinquante dernières années. Voici un résumé des œuvres de fiction.
Après tout d'Alexis Fortier-Gauthier (Canada, 2006, 14 min)
Il est tard et Claire, à moitié saoule, s'ennuie de Philippe. Elle doit le revoir, même si c'est une erreur. Très belle cinématographie de Fortier-Gauthier qui réussit à faire vomir son actrice deux fois sans nous dégoûter. Un film réaliste sans être linéaire, parlant mais non bavard.
Les derniers jours de Simon-Olivier Fecteau (Canada, 2004, 9 min)
Charmant et plein d'humour, le film de Fecteau raconte l'histoire d'un vieillard qui décide d'accomplir tout ce qu'il avait rêvé faire dans sa vie. Très chouette film mais on aurait peut-être aimé une autre fin…
Les eaux mortes de Guy Édoin (Canada, 2006, 17 min)
Le jeune Édoin dirige ici une icône du cinéma québécois, Monique Miller , au sein d'un film sur l'amour à l'âge mûr et sur la solitude. Des images magnifiques dans la campagne québécoise.
Sur la ligne de Frédéric Desager (Canada, 2006, 15 min)
Il n'y a pas deux solitudes au Canada, il y en a trois : les francophones, les anglophones et les Amérindiens. Placez tout ce beau monde à l'entrée d'une réserve et pimentez d'un couple de touristes français suprêmement naïfs et vous vous retrouvez avec un cocktail explosif qui donne à réfléchir sur notre belle unité canadienne…
The First Day of My Life de David Uloth (Canada, 2005, 12 min)
Kate, onze ans, est désespérée de penser que sa soeur aînée va quitter la maison pour vivre avec son premier amour, un jeune francophone. Une histoire où on voit que les idéaux romantiques d'une culture n'ont rien, mais rien, à voir avec ceux de l'autre.
The Rip-off de Kun Chang (Canada, 2006, 10 min)
Tout le monde joue un rôle, dans la vie, mais certains le jouent mieux que d'autres… Une histoire d'arroseur arrosé, bien tournée.
Souviens-toi de m'aimer de Bertrand Weissgerber (Canada, 2006, 5 min)
Un film étonnant du point de vue technique, puisqu'il a été tourné en Super 8, transféré en HD, puis de nouveau transféré en format 35 mm : du jamais vu en matière de cinéma. En plus, l'histoire est belle, portée par une actrice qui crève l'écran. Un des coups de cœur d'Intercineth.

Les coups de cœur d'Intercineth
Si un festival de longs métrages c'est de la vie concentrée, un festival de courts c'est de la vie à Mach VI. Nous aurions aimé tout voir, le temps manquait. Parmi les quelques cent films visionnés, voici une liste succincte de nos coups de cœur. Pardon aux cinéastes dont nous avons manqué les films. En espérant qu'il y ait une prochaine fois…
Pistache de Valérie Pirson (France 2005, 9 min)
Brillante animation d'une texture cinématographique remarquable sur une jeune femme qui tente d'y voir clair au milieu de ses pensées confuses. Le collage s'y allie au dessin. On adore ! Short Matters II.
El Cerco (Le cercle) de Rocardo Iscar (Espagne 2005, 12 min)
Le cercle, source de vie, est source de mort dans ce film percutant sur la pêche au thon en Espagne. Fort ! Short Matters II.
L'Homme qui attendait de Théodore Ushev (Canada, 2006, 7 min)
Le film de Uschev utilise la technique de la lithographie pour mettre en images cette histoire inspirée d'une nouvelle de Kafka. Des symboliques puissantes, provenant tant de la vie de Kafka lui-même que de son œuvre, habitent ce film transcendant. Compétition internationale.
Pärlimees (L'homme de perles) de Rao Haeidmets (Estonie, 2006, 12 min.) Intelligente réflexion sur l'ethnicité humaine que cette animation portant sur un chef de tribu qui utilise ses pouvoirs magiques pour préserver l'unicité culturelle de sa tribu, mais qui se retrouve impuissant devant le mélange génétique. Une métaphore intelligente et un petit bijou visuel. Compétition internationale.
Y que cumplas mucha mas (Joyeux anniversaire) de David Alcade (Espagne, 2005, 10 min.)
Personne n'est ce qu'il semble être dans cet incroyable film racontant l'histoire d'une travailleuse sociale qui cherche à entrer en contact avec un petit garçon qui souffrirait d'abus. Saisissant !
Compétition internationale.
Innan du slar i marken (Avant de t'écraser) de Magnus Holmgren (Suède, 2006, 27 min.)
Aston cherche à diriger ses rêves, en vue d'y mourir et de rejoindre ainsi sa copine, morte dans un accident, qui lui apparaît dans son sommeil. Originale étude sur la vie et la mort soutenue par un jeune comédien d'exception (Emil Johnsen).
True colors (Sous ses couleurs véritables) de Barney Elliott (Royaume-Uni, 2006, 11 min.)
La dureté de la vie en Angleterre est peinte sous les traits d'un homme violent, mais plein de tendresse (formidable Neil Maskell), et de son désir d'acheter une glace à son petit garçon. Dur et bouleversant.
Souviens-toi de m'aimer de Bertrand Weissgerber (Canada, 2006, 5 min)
:Un film étonnant du point de vue technique puisqu'il a été tourné en Super 8, transféré en HD, puis de nouveau transféré en format 35 mm : du jamais vu en matière de cinéma. En plus, l'histoire est belle, portée par une actrice qui crève l'écran. Parlez-vous québécois ?
Cavaliers d'or des meilleurs films d'animation
National :
Der verruckte, das herz und das Auge (Le fou, le cœur et l'œil) (Allemagne, 2006, 8 min)
Irrésistible film d'animation de la jeune Annette Jung, librement inspiré de la nouvelle The tell-tale heart d'Edgar Allan Poe. On craque pour ses personnages délirants et pour son utilisation, habile et pleine d'humour, des clichés de l'horreur. À surveiller, cette jeune dame ! Les grandes ligues ne vont pas tarder à l'attraper !
International :
Moyz Lyubov (Mon amour) (Russie, 2006, 26 min)
Maître oscarisé du cinéma d'animation, Alexandre Petrov présente, dans la Russie du 19ième siècle, une histoire d'amour entre un jeune homme romantique qui hésite entre deux femmes, l'une idéalisée et l'autre plus réelle. Fondu impressionniste chatoyant (chaque image pourrait figurer au Musée d'Orsay), mais alourdi d'une histoire parfois bêtement romantique. À voir pour la maîtrise artistique de Petrov (un DVD de ce film sera disponible bientôt).
Cavaliers d'or des meilleurs films de fiction
National :
Niemand liebt dich so wie ich (Personne ne t'aime comme moi) de Luca Zamai (Italie / Allemagne 2006, 15 min.)
Troublant film que celui sur cette jeune mère revenant sur les traces de son enfance suite à la mort de sa mère, une mère aimée et aimante, qui pourtant se servait de sa fille comme instrument sexuel pour nourrir les apétits d'un amoureux blasé. Contre rémunération. Percutant et terriblement crédible.
International :
Il supplente (Le suppléant) de Andrea Jublin (Italie, 2006, 15 min.)
Le cinéaste Andrea Jublin interprète lui-même le rôle principal de ce charmant film sur un homme d'affaires pas comme les autres, qui s'introduit clandestinement dans une école pour y jouer les suppléants. Dédié à tous ceux qui ont des problèmes de comportement.
Prix du public
National :
Das gefrorene Meer (La mer gelée) (Allemagne\Autriche, 2006, 26 min.)
Une mer gelée, mais aussi une mère murée dans un secret de famille et une humiliation que son petit garçon s'efforcera de découvrir, pour sa plus grande souffrance.
International:
Kwiz (Quiz) de Caillebaut (Belgique, 2006, 5 min)
Un succulent duel sur la musique entre deux vieilles dames dans une salle d'attente d'hôpital. L'un des coups de cœur d'Intercineth.
Cavaliers d'or jeune public
Dérives de Bill Barluet (France, 2005, 19 min)
Un beau film touchant sur un vieillard qui sort de prison après quarante ans d'internement, magiquement interprété par Pierre Richard qui, décidément, embellit en vieillissant. L'icône du cinéma comique possède aussi un magnifique registre dramatique.
Prix ARTE du court métrage
Sophie de Brigitte Stærmose (Danemark, 2006, 14min.)
Un homme et sa femme enceinte, Sophie, se rendent à un film. Sophie demande soudain à son mari s'il n'a jamais eu recours aux services d'une prostituée et leur soirée prend un tour inattendu. Un film bien fait, mais qui nous a laissé un peu froid.
Prix du ministère de la culture pour l'avancement du cinéma
Hundefutter (Viande à chien) de Till Kleinert (Allemagne, 2006, 15 min.)
Humour allemand, humour noir. Lorsque deux jeunes berlinois partent à l'aventure et volent le dentier d'une vieille dame endormie, tout peut arriver. Amusant, troublant, choquant…Du vrai cinéma est-allemand !
Cavaliers d'or meilleur inventivité sonore
Máquina (Machine) de Gabe Ilbanez (Espagne, 2006, 17 min.)
Un film étrange que celui de cette jeune qui se retrouve avec une greffe inattendue qui lui permet d'assouvir un certain goût pour le morbide. À prendre à petite dose.
Anne-Christine Loranger (correspondante à Dresde)