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20 ème Festival International de Programmes Audiovisuels
Biarritz
23-28 janvier 2007

Coup de chapeau à Deleau !
Et au 20 ans du FIPA !
Interroger Pierre-Henri Deleau sur le bilan des 20 ans du FIPA, c'est simple: « Venez, je vais vous en parler ! »

L'œil vif, costume impeccable, mèche coquine, il a l'enthousiasme et le verbe enflammé d'un cadre jeune et dynamique. Avant de se consacrer au FIPA (Festival International des Programmes Audio-visuels) à Biarritz, Deleau a dirigé pendant 30 ans la Quinzaine. Il a fait la réputation de cette section indépendante du Festival de Cannes. Après 20 ans de direction artistique du FIPA, il n'a toujours rien perdu de son mordant et de sa verve. Cette année, il ne décolère pas à propos de cette création audiovisuelle pleine de vitalité qu'il expose au FIPA et qui n'est pas relayée par les télés comme il l'entend. La ligne du FIPA, fidèle aux engagements et à l'initiative d'un Michel Mitrani, s'inscrit clairement dans une continuité :« Loin de la pensée unique, du politiquement correct et des certitudes ronronnantes », le FIPA « rend hommage aux auteurs (scénaristes, compositeurs, comédiens, producteurs) et se doit de souligner l'importance de l'innovation, de l'audace de la création audio-visuelle au milieu du flux général du conformisme ambiant…». Par conséquent le vœu le plus cher de P.-H. Deleau serait de faire « Acheter et diffuser les films du monde entier (et surtout des œuvres africaines, égyptiennes et autres ) » au lieu d'être obligé de ruer dans les brancards pour obtenir l'adhésion des acheteurs-diffuseurs des chaînes françaises qui viennent à Biarritz. « Les télés françaises n'achètent pas autre chose que du français et la seule chaîne qui n'a pas à remplir ce contrat avec le service public, Arte, la chaîne franco- allemande, déçoit. A la recherche de l'audimat, Arte sacrifie la v.o. et passe les films en prime-time en version française ! ».
« Vous savez, à Cannes il y avait 40, 50 acheteurs sur qui s'appuyer. Au FIPA, l'exposition est différente, d'où ma hargne contre les télévisions qui n'assurent pas le relais !». Déjà, il envisage de faire autre chose, encore autre chose. Pour que le cinéma ne soit pas seulement une préoccupation parisienne, nationale, française, mais que les créations cinématographiques du monde entier puissent circuler et de préférence en v.o. !

La nouvelle présidente du FIPA, Caroline Huppert (après Michel Mitrani, Marie-France Pisier et Yamina Benguigui) n'est pas de reste. Elle stigmatise la politique des chaînes d'acheter surtout américain et anglo-saxon et déclare qu'elle est opposée à la publicité sur les chaînes publiques aux heures de grande écoute !
« Plus je sèmerai le trouble, plus j'aurais réussi » aura été encore une fois la devise Deleau : Cette année le FIPA avait programmé le canular de Philippe Dutilleul « Tout ça (ne nous rendra pas la Belgique) » montré en Belgique le 13 décembre et tout de suite interdit à la diffusion par la RTBF. Pris au sérieux par une grande partie du public, le film annonçait la sécession de la Flandre et s'inscrit dans le travail décapant autour du magazine Striptease dont les Belges ont le secret, en posant néanmoins le problème du canular politique et de sa gestion. Autres brûlots étaient les docu-fictions françaises « René Bousquet ou le Grand arrangement» incarné sobrement par Daniel Prévost, admirablement écrit par Beuchot et Desrosières, réalisé par Laurent Heynemann et « Monsieur Max » de Gabriel Aghion, interprété par un bouleversant Jean-Claude Brialy, fourraient leur nez dans les sujets qui fâchent : Vichy, la collaboration avec les allemands, la trahison, pis, l'indifférence des amis. Les jeunes réalisateurs Stéphane Marchetti et Alexis Monchovet (trois fois primé) ont fait un travail remarquable en Palestine : «Rafah-Chroniques d'une ville dans la bande de Gaza » est un film précieux sur les événements entre le 12 septembre 2005 et le 12 septembre 2006 (du démantèlement des colonies jusqu'aux élections qui portent le Hamas au pouvoir et l'enlèvement de Gilad Shalit).

On n'aura jamais vu le quotidien des habitants de cette façon et enfin compris la guerre fratricide (entre clans, familles et Fatah et Hamas) qui déchire les Palestiniens. Etait-ce par envie de choquer que Deleau a décidé de faire suivre ce film par un reportage sur les victimes d'Abu Graîb ? Un film réalisé par Olivia Rousset, Australie, qui filme et enquête sans aucune distance et transforme le public en voyeurs sadiques en le confrontant à répétition aux images insoutenables partiellement connues ? « Abu Graïb Trilogy » crée un trouble malsain. Alors que Rithy Panh poursuit son admirable travail sur l'histoire du Cambodge en train de se vivre (très mal) par les jeunes femmes et leurs corps sacrifiés. «Le papier ne peut pas envelopper la braise » filme très près aussi, mais quelle différence ! C'est sûrement là, le secret du cinéma !

FIPA d'OR des documentaires de création, il sera visible à Paris en clôture du Festival du Réel.
Heike Hurst
Photos Bruno Couprie et Patrick Tohier (Photomobile)