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Festivals

Le papier ne peut pas envelopper la braise

de Rithy Panh

FIPA d'Or 2007 du Festival documentaire de Biarritz

Le nouveau film de Rithy Panh, correspond à une phrase-confidence qu'une prostituée cambodgienne a faite au cinéaste. Cette phrase dit poétiquement ce que toutes ces filles ne dévoilent que très lentement : la terrible misère qu'elles vivent, une fois installées en ville, prises dans l'organisation mafieuse de la prostitution, dans un endroit sordide, un immeuble-caserne où veillent mères maquerelles et souteneurs fouettards. Elles sont rejetées parce qu'elles se prostituent, mais aussi parce qu'elles sont toutes séropositives, malades du Sida. Rien ni personne ne pourra plus les sortir de ce cercle infernal. Une mère qui garde l'enfant de sa fille, lui dit : «Sous les khmers rouges, tu n'aurais pas survécu» ! Les souffrances des unes, ici celles de la génération d'avant, n'écoutent rien de la peine de leurs filles, prostituées de force et privées de conditions de vie dignes.
Deux langages, deux expériences de la douleur coexistent et ne s'entendent pas. Du genre « qu'est-ce que tu attends pour aller 'travailler' (faire une passe à 1 Dollar) j'ai ton enfant sur les bras et mon loyer à payer… ».

Entendre cela, est insoutenable. Rithy Panh voudrait, c'est certain, leur rendre la dignité bafouée, transmettre la complexité de cette situation, émouvoir. Mais il montre surtout la pauvreté de leur imaginaire ramené au niveau des images de magazines et de publicités. Mais pour quelle raison cette surenchère dans la souffrance des unes et des autres n'est pas interrogée davantage par le cinéaste ? Le filmage n'arrange rien : des couleurs chiadées, des cadres presque trop jolis qui nous posent problème. Rithy Panh filme ces filles et cela pour la première fois dans son cinéma, de tellement près, qu'on les sent physiquement à nos côtés, même si, sans aucun doute, la caméra fait écran. Dilemme ou choix ? Le cinéaste de La terre des âmes errantes (Alcatel pose un cable que des centaines de milliers d'esclaves enterrent le long d'une route, croisant cadavres et mines…) de S 21, une somme sur les atrocités khmers, transmet trop peu l'impasse où il se trouve, lui aussi, en filmant ces filles 'perdues'. Il dit être intervenu auprès de l'une d'entre elles : « Pourquoi ne rentres-tu pas au village ? -Je ne veux pas, j'ai honte. -Personne ne sait ton histoire, si tu veux, je t'aiderai.. -Non, j'ai honte. Personne ne sait ce que je fais ici à Pnomh Penh, mais moi, je le sais ! » Là est le véritable problème auquel se heurte tout documentariste engagé : le choix qu'il doit faire entre l'éthique et l'esthétique , c'est à dire entre le soin porté à l'image et la clarté du propos qu'il défend. Le film de Rithy Pan ne fait pas exception à la règle.

Heike Hurst