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Quand la fiction se fait sosie du réel

Confiant à des acteurs professionnels le soin de faire revivre ces documents rassemblés, il envoie un gigantesque coup de pied salvateur dans la fourmilière de l'endormissement généralisé.
Car que nous montre-t-il ? Une poignée de gosses désoeuvrés, visiblement surpris de se retrouver en première ligne, sur le front de cet autre bout du monde dont ils ignorent l'enjeu, quand ils aimeraient tant être chez eux, à la maison. Trompant l'ennui de journées interminables et caniculaires avec les moyens du bord, dérisoires, qui vont de lectures porno bas de gamme à l'une de ces scènes, pathétique, où l'on voit un gamin d'à peine vingt ans, aux trois-quarts endormi dans la tourelle de son char, canon sorti, hésitant à tirer, pour se réveiller, entre une chèvre qui traverse la route, un groupe d'enfants jouant au bac à sable tout proche, quelques femmes revenant d'aller chercher de l'eau, ou finalement cette voiture, qui franchit un peu vite à son goût le barrage en zigzag du passage qu'il est sensé garder… Terrifiant.

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L'oisiveté, maître mot d'une guerre qui ne dit pas son nom, qui voit débarquer en terre inconnue des jeunes qui se demandent ce qu'ils sont venus faire dans cette galère, qui pensent bien faire en inscrivant en arabe - comme les chefs le leur disent - les panneaux de signalisation d'une circulation obligée, pour une population civile dont ils ignorent qu'elle est majoritairement illettrée… Dérisoire.
On aimerait pouvoir en rire, tant ces excès sont ridicules. Mais hélas, c'est l'angoisse qui l'emporte. Et lorsqu'en fin de film, sur le jeu des acteurs, viennent se superposer de vraies images d'archives, où des corps déchiquetés, écartelés, ensanglantés, succèdent à des regards affolés, terrifiés et suppliants, alors on se dit que de Palma a bien fait de donner son coup de pied… En même temps qu' on ne peut s'empêcher de penser que l'Homme est peut-être, finalement, incapable de progrès, puisqu'il ne sait tirer les leçons du passé… Désolant.
Véronique Blin