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Une magistrale contre-plongée inaugure ce nouvel opus du génial Branagh . Rendez-vous étant pris entre un auteur de polars richissime (Caine, inouï ) et le jeune acteur sans emploi qui lui a piqué sa femme (Law, itou) et qui vient, en son nom à elle, demander le divorce, le romancier à succès le prend de haut, au sens propre du terme : du sommet du splendide manoir high-tech où il habite, bardé de vidéos- surveillance, d'escaliers de verre, d'ascenseurs transparents, de parois ciselées dans l'acier, une caméra télescopique plonge à la verticale vers le perron où l'homme trompé accueille son rival. De là-haut, nous ne verrons que son bras et sa main tendus vers l'intrus, en signe d'une bienvenue douteuse, dépasser de la lourde porte d'entrée…
Amorce d'un de ces longs plans-séquence dont le cinéaste britannique a le secret (à l'instar de Tarkovski ou Sokourov), qui nous livre d'un trait, en une seule prise à travers les toits, l'entièreté de l'ère de « jeu » où l'affrontement va avoir lieu.

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Car il s'agit bien d'un jeu, subtile et compliqué : celui du chat et de la souris, dont on ne saura jamais, ultime image comprise, qui chasse l'autre, lequel des deux ment ou non, qui a raison ou tort, qui perd ou gagne. Y aura-t-il seulement un vainqueur ? Très peu d'indices nous sont donnés, si ce n'est la haine visible du plus jeune vers l'aîné et le mépris superbe que ce dernier lui voue…

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D'un bout à l'autre de sa mise en scène, Kenneth Branagh entretient le doute, ne lâche rien, ouvre de fausses pistes, qu'il abandonne pour d'autres, nous met les nerfs à vif, dans l'impossibilité que nous sommes à nous tirer de ce labyrinthe infernal.
Doublement servi par le script qu'Harold Pinter a tiré de sa pièce éponyme et par le prodigieux duo d'acteurs que forment Michael Caine et Jude Law, lesquels ne se départiront jamais d'un flegme tout britannique, le réalisateur de l'inoubliable Henry V, son tout premier long métrage, retrouve ici ces élans shakespeariens qui ont scellé son succès.

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D'une rare élégance, ses cadres sont tous parfaits, trouvant des angles inouïs, surprenant des regards perdus ou inquiets, soutenant des dialogues étourdissants.
De ce vertige partagé, nul ne sort indemne, en tout cas pas le spectateur. Car si le plan d'entrée est fabuleux, que dire du dernier ! Puisque jusqu'au bout, on en viendra même à se demander si la femme de l'un, enjeu supposé de ce duel à mort, existe réellement ; si le jeune acteur au chômage n'est pas qu'un vulgaire garçon coiffeur en mal d'argent et bien tuyauté ; si le romancier à succès n'est pas un homosexuel refoulé en panne d'inspiration romantique ; si, si, si… Lorsque retentit la sonnette de l'entrée, on ne saura jamais qui est derrière la porte… So, what ? That is the question…
Véronique Blin