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Librement inspirés de LA DIVINE COMEDIE de Dante

Par Roméo Castellucci
INFERNO
Avec douze comédiens de la Compagnie, auxquels se joignent 80 figurants acteurs/danseurs
Il prévient d’emblée : « Je m’appelle Roméo Castellucci », en ouverture du premier des trois volets de sa – très – libre interprétation de La Divine Comédie de Dante. Cette incantation, proférée à toute voix dans la Cour d’Honneur du Palais des Papes, est l’une des deux uniques phrases prononcées pendant toute la durée de la représentation. La seconde étant « Je t’aime », répétée à l’infini, à l’issue de ladite, par la foule présente sur scène, que le metteur en scène italien nomme « les gens » : nous, vous, lui, toi, moi. Pour les amateurs de la langue de Dante, de ce texte magistral et fondateur, il faudra repasser… Autre lieu, autres circonstances, autre lecture.
Pour ceux, en revanche, dont nous sommes, qui apprécient la transposition théâtrale, la « mise en scène » d’une oeuvre, au sens propre du terme, pas de doute : par sa traduction subversive, sa performance hallucinante et la chorégraphie splendide avec laquelle il s’empare de la Cour mythique, la faisant sienne, Castellucci nous entraîne vraiment en enfer, pendant deux heures. On y est, on y reste, on est pris.
Tout commence par une sorte de visite guidée du Palais des Papes, telle une invitation au voyage. Un groupe de « touristes », casque vissé aux oreilles et digicode à la main, écoutent consciencieusement les indications données. Surgit l’homme Castellucci, tel un diable de sa boîte. S’étant présenté en déclinant son identité, il revêt à vue une énorme combinaison de protection ; on comprend vite pourquoi… Dévalant à jardin, dix molosses hurleurs se précipitent sur scène. Sept sont enchaînés aux pieds de leur maître respectif ; trois l’attaquent avec rage. Ne serait-ce pas l’entrée des enfers, jalousement gardée par ce Cerbère tricéphale ?
A peine remis de cette irruption canine infernale, le spectateur assiste, tétanisé, à la plus ahurissante escalade : de l’obscurité jaillit un homme-araignée, entre Méphisto et Quasimodo, qui entreprend de grimper à mains et pieds nus, collé à la façade, jusqu’au sommet de la plus haute du Palais… et y parvient ! En bas, on est en apnée…
Il en va ainsi jusqu’au bout du voyage. De la toute petite enfance avec ses crêches ghettos, où les bébés se cognent contre des parois de verre transparentes, aux adultes violents, violents dans la guerre, violents pédophiles, violents conjugaux, cette version de l’enfer sous toutes ses formes, proposée par Castellucci, glace le sang.
Certes, on est loin de la « comédie » supposée. Mais quel inventeur d’images ! Quel traducteur génial ! Quel interprète !
Véronique Blin